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L'Histoire des Arts au Collège Abbal

Les élèves du Collège André Abbal trouveront sur ce blog les reproductions des oeuvres étudiées en classe dans le cadre de l'Histoire des Arts. Ils retrouveront également ici les thématiques grâce auxquelles les oeuvres ont été étudiées ainsi que quelques éléments d'analyse d'oeuvre.

Publié le par profAbbal
Publié dans : #HiDA 3ème

Thématique : "Arts, États, pouvoir" 

Période : XX°

Problématique : L'oeuvre d'art et le politique : des oeuvres et des artistes qui dérangent et un régime qui tente de les faire disparaître.

       

Contexte : Dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir en 1933 le régime nazi impose à l’Allemagne sa conception de l’art : l’Art doit être allemand, fait par des Allemands (c’est à dire des aryens) et faire l’apologie du régime, de la tradition germanique, des fondements de la nation allemande. C’est un art replié sur lui-même, sans ouverture vers l’étranger, la nouveauté, la modernité, c'est un Art de Propagande, appelé dans l'Allemagne nazie "Art Héroïque".

 C’est Goebbels qui est chargé dès 1933 d’organiser la propagande en Allemagne. Il se donne pour mission de contrôler toute activité artistique à travers la musique, la littérature, le théâtre, la radio, les beaux arts, la presse.

 De ce fait, toutes les œuvres qui ne correspondent pas à cette conception de l’art (donc les œuvres modernes et expressionnistes) doivent disparaître car elles dérangent le régime nazi.

 

L’art moderne dérange les nazis car :

·      il critique parfois le régime,

·      il est pratiqué par une majorité de juifs et de communistes (donc par les ennemis du régime),

·      il ne respecte pas les codes et les thèmes traditionnels utilisés et représentés par l’Art Héroïque : style classique, réalisme, représentation du corps idéal de la race aryenne, thématiques populaires (la famille, le travail de la terre) ou classiques (allégories héritées de l’art grec antique)

·      il est novateur, d’avant-garde, révolutionnaire et donc il porte la notion de LIBERTE car il refuse la norme et l’héritage du passé,

·      il invente de nouveaux moyens de représentation, de nouvelles formes totalement révolutionnaires et propose une nouvelle vision du monde dans lesquels Hitler voit le signe de la dégénérescence (= du déclin) de la nation allemande.

 

Hitler qualifie l’Art Moderne d’Art Dégénéré et les artistes qui le pratiquent d’artistes dégénérés (=fous), ces artistes menacent le régime et son équilibre et par conséquent Hitler souhaite les faire disparaître.

Pour cela, plusieurs événements sont organisés dans les années 30 dont l’objectif est de « purifier l’art allemand » en dénonçant ou détruisant les œuvres qui ne correspondent pas à l’idéal du régime et en empêchant les artistes de créer.

 

Trois évènements marquent ce projet de « purification » des arts :

 

I. 10 mai 1933 : Autodafé à Berlin puis dans les grandes villes de l'Allemagne

 

Peu de temps après l'arrivée au pouvoir du NSDAP en 1933, le chancelier Adolph Hitler lance une « action contre l'esprit non allemand », dans le cadre de laquelle se développent des persécutions organisées et systématiques visant les écrivains juifs, marxistes ou pacifistes.
Le 10 mai 1933, le mouvement atteint son point culminant, au cours d'une cérémonie savamment mise en scène devant l'Opéra de Berlin et dans 21 autres villes allemandes : des dizaines de milliers de livres sont publiquement jetés au bûcher par des étudiants, des enseignants et des membres des instances du parti-national socialiste. Ils constituent les autodafés allemands de 1933.

789px-Bundesarchiv Bild 102-14597, Berlin, Opernplatz, Büc

 

II. Exposition Art dégénéré à Munich en 1937

Adolf Ziegler et Joseph Goebbels organisent en 1937 à Munich l’exposition « Art dégénéré ». Elle attire 2 millions de visiteurs. Cette exposition présente 650 œuvres d’art de l’avant garde. Ces tableaux ou sculptures sont souvent associés à des photos de malades pour les dénigrer, à des commentaires insultants et antisémites et exposés de telles manière qu’ils ne peuvent pas être mis en valeur : ils sont entassés sans aucune organisation sur des murs chargés d’images et de textes et le spectateur ne peut pas en avoir une vision objective.

image expo3 arts dégénérés

image2 expo arts dégénérés  

Photographies du pavillon des Arts Dégénérés                                                                        

couverture catalogue

 Affiche de l’exposition Art Dégénéré

Les œuvres de Kirchner sont exposées à Munich parmi de nombreuses œuvres d’artistes modernes…Celles-ci seront par la suite vendues aux enchères à des collectionneurs suisses et américains ou brûlées.

 Cette manifestation se développe dans deux espaces, dans un deuxième pavillon se tient une autre exposition qui présente « l’Art Allemand », art académique qui vante la famille allemande et le corps athlétique, sain et  bien portant des hommes et femmes de la race aryenne. Dans ce pavillon les œuvres sont mises en valeur grâce à une mise en scène muséale (= que l’on trouve dans les musées) : œuvres espacées, présentées au public dans un espace vaste et dégagé, murs vierges et non saturés de texte.

photo hitler2 dans expo art allemand

Les spectateurs de cette double exposition sont donc guidés voire manipulés dans leur perception des œuvres, c’est une exposition de propagande qui vise à ridiculiser l’Art Moderne et à rendre hommage à « l’Art Allemand ».

 

Après cette exposition les artistes modernes sont désignés comme ennemis du régime, ils perdent leur emploi dans les grandes école d’Art Allemandes, doivent cesser de produire des œuvres ; beaucoup d’entre eux s’exilent aux Etats-Unis ; mais Kirchner par exemple ne supportera pas d’être ainsi décrié, d’être assimilé à un dégénéré et se donne la mort en 1938.

Hitler résume ainsi sa position en matière d’art  : « Le cubisme, le dadaïsme, le futurisme, l’impressionnisme... n’ont rien à voir avec notre peuple allemand »

 

 

 

III. Exposition Musique Dégénérée en 1938 à Düsseldorf :

C’est le pendant musicale de l’exposition de Munich : les musiciens de jazz, de musique atonale, (donc de musique moderne) dont beaucoup sont juifs ou communistes vont être à leur tour assimilés à des « dégénérés » dans cette exposition de Düsseldorf et leur musique sera interdite. Hitler voue une grande admiration à Richard Wagner et ne conçoit la musique que dans ses formes classiques et allemandes. 

affiche-exposition-musique-degeneree--1938.jpg

Affiche pour l'exposition Musique Dégénérée

 

 

Conclusion : La ténacité avec laquelle Hitler et ses proches ont essayé de faire disparaître l'Art Moderne (sans pour autant y parvenir, bien heureusement) nous montre combien l'oeuvre d'art est un objet subversif (révolutionnaire) et combien parfois il peut être considéré comme une arme ; l'arme pacifique qui permet aux individus éclairés d'exprimer leur différence et de construire librement leur perception du Monde et de l'autre.

Publié le par profAbbal
Publié dans : #HiDA 3ème

Thématiques :
"Arts, États, pouvoir" ou "La relation de deux artistes au pouvoir nazi avant la Deuxième Guerre Mondiale"
"Arts, Rupture, Continuité" ou "Opposition entre modernité et tradition dans l'Allemagne de l'avant Deuxième Guerre Mondiale"

Période : XX°

Problématique : "Vivre, penser, créer" : La relation de l'artiste au Monde dans lequel il vit et qu'il représente. Ou comment vision du Monde et pensée politique façonnent le regard de l'artiste et les oeuvres qu'il crée.

 

Contexte : L'Allemagne connaît au début du XXème siècle une période d'intense créativité dans tous les domaines artistiques : cinéma, architecture, dessin, peinture, musique, arts du spectacle. De jeunes artistes renouvèlent les formes de l'art et produisent un art d'avant-garde. Cet art nouveau, MODERNE est appelé EXPRESSIONNISTE ; il propose une vision du Monde et de l'Homme qui va strictement à l'encontre de celles que représente l'Art Officiel du régime nazi. Ainsi dans les années 30 en Allemagne deux conception de l'art et du monde radicalement différentes se font face et se confrontent.

Pour découvrir le travail d'un autre artiste expressionniste et d'un autre artiste de propagande du régime nazi vous pouvez consulter un cet autre article du blog, et celui-ci aussi.


Ernst Ludwig KIRCHNER, Quatre baigneuses, 1910

Une oeuvre moderne 

kirchner, quatre baigneuses, 1910

Cette oeuvre est une peinture qui représente quatre femmes se baignant nues en pleine nature, trois d’entre elles semblant faire leur toilette, la quatrième étant assise au bord de l’étang au premier plan de l’image.

Se baigner nu en pleine nature représente dans l’Allemagne de 1910 un acte d’une grande liberté et d’une grande modernité ; les jeunes artistes modernes du début du XXème siècle sont en quête de nouveauté, de liberté et veulent rompre avec les traditions poussiéreuses de l’Allemagne traditionnelle. Kirchner appartient à ces jeunes artistes, appelés expressionnistes, qui recherchent de nouvelles façons de vivre et de peindre. L’œuvre les Quatre baigneuses représente ce nouveau mode de vie et présente une façon nouvelle de peindre et de représenter le réel, une façon résolument moderne et avant-gardiste.


Les corps sont représentés sans réalisme, de façon très libre et expressive, ceux-ci sont schématisés, esquissés rapidement grâce à des aplats de couleur et des contours épais. On voit bien que le peintre ne se soucie pas de la ressemblance avec le réel mais qu’il est plutôt intéressé par la force expressive des corps qu’il peint (c’est à dire l’idée de liberté qu’ils expriment). Il n’y a pas de réalisme non plus dans les couleurs choisies, le ciel est rose du même rose que celui de certains corps, on remarque donc que le peintre choisit les mêmes couleurs pour peindre le corps et le paysage (le orange de la colline à l’arrière plan est utilisé pour peindre le corps d’une femme) évoquant par ce choix de couleurs une forme d’harmonie, de communion entre le corps nu et la nature.

Dans cette œuvre les corps et les visages évoquent les objets de « l’Art Primitif » (masques et sculptures d’Afrique et d’Océanie) découverts au début du siècle et qui fascinent et inspirent partout en Europe les artistes modernes : représentations simplifiées, non réalistes, parfois disproportionnées du corps ; le visage de la jeune fille assise au premier plan évoque par sa forme triangulaire et très simplifiée les masques africains.

 

Pour Kirchner, ainsi que pour ses amis expressionnistes, peindre et créer c’est inventer de nouvelles formes, rechercher une nouvelle façon de représenter le Monde et c’est renoncer aux choses du passé et de la tradition pour entrer dans une ère de nouveauté et de modernité.

 

On peut penser alors que les peintres expressionnistes sont en accord avec leur temps et leur siècle, qu’ils sont des artistes ouverts à la nouveauté offerte au début du XXème siècle, créant par exemple sous l’influence des objets Africains et Océaniens récemment découverts et renonçant au classicisme et au réalisme qui selon eux sont largement dépassés et appartiennent au passé.


En effet, pour ces jeunes artistes le classicisme et le réalisme ne peuvent pas représenter l’homme et le monde du début du XXème siècle de façon juste : ce moment de l’histoire est marqué par les progrès de la technique, par des découvertes dans tous les domaines (aérospatiale, automobile, physique, médecine, astrophysique…) ; entre 1910 et 1940 le monde va vite, accélère, éclate aussi (première guerre mondiale), c’est un monde aux multiples facettes.

Pas étonnant alors que Kirchner choisisse de peindre son œuvre à larges traits (sans trop de précision), il peint vite et comme dans l’urgence, il veut fixer les choses avant qu’elles ne disparaissent ; pas étonnant alors que son œuvre puisse sembler « non finie. »

 

 

Adolf ZIEGLER, Les Quatre Eléments, 1937

Une oeuvre de "l'Art Allemand", de l'Art Officiel du régime nazi, de l'Art Héroïque    

les quatre éléments, ziegler, 1937

 

Cette oeuvre est fondamentalement différente de celle de Kirchner. Ziegler appartient aux proches d’Hitler, c’est d’ailleurs lui qui est chargé par le régime nazi de « purifier » les musées Allemands des œuvres d’Art Moderne et de les en retirer afin qu’elles soient exposées à Munich en 1937 dans l’exposition des « Arts Dégénérés. »

 

Ziegler fait partie des artistes préférés d’Hitler qui produisent à la demande des œuvres à la gloire du régime nazi. Les œuvres ainsi réalisées sur commande du Führer sont des œuvres de propagande qui véhiculent une image idéale et parfaite de l’Allemagne et de la race aryenne, on les appelle « Art Héroïque » puisque les personnages qui y sont représentés sont les héros blonds et musclés, athlétiques et puissants qui doivent sauver l’Allemagne de toute invasion étrangère.

Ces œuvres de propagande représentent alors une Allemagne unifiée par ses valeurs nationales et traditionnelles : la terre, la famille, le culte de la race aryenne, elles sont donc strictement  anti-modernes, refusent la nouveauté jugée dangereuse car capable de pervertir les valeurs traditionnelles.

 

Pour Ziegler ce qui est moderne est suspect et le signe d’une folie, son œuvre est donc logiquement une œuvre classique.

 

Le sujet choisi pour cette œuvre, les Quatre Eléments est un sujet classique par excellence puisqu'il fait référence aux mythes fondateurs de toute civilisation, à la création du monde.

Ces quatre femmes qui représentent chacune un élément naturel (feu, eau, terre, air) sont appelées des Allégories, les attributs qu’elles portent nous permettent de les identifier : de gauche à droite : la torche pour le Feu, la soucoupe pour l’Eau, le blé pour la Terre, l’Air est lui représenté grâce à une chevelure légèrement agitée par un coup de vent.


L’Allégorie permet de représenter une idée, une notion abstraite en les illustrant ou les personnifiant et ce sont les grecs de l’Antiquité qui ont inventé ce mode de représentation ! On comprend alors que les influences de Ziegler sont bien classiques et puisées dans le passé.


Ensuite, les corps sont représentés de manière très réaliste, Ziegler représente des corps proportionnés, les peint avec finesse et application (contrairement à Kirchner qui peint à grands traits, schématise et déforme les corps) et utilise des couleurs réalistes. Les femmes représentées se ressemblent toutes : elles sont blondes, paraissent toutes avoir le même corps : ces femmes sont à l’image de l’uniformisation de la nation allemande par la race aryenne qui ne laisse pas de place pour la différence, l’étranger. Chevelures sages, hanches larges et ventres très légèrement arrondis, poitrines marquées : ces quatre femmes ont des corps de mères faits pour enfanter les petits enfant blonds et robustes de la nation allemande.

 

Pour Hitler, la femme est d’abord une mère qui a la charge d’assurer la pérennité de la patrie.

 

Autres caractéristiques classiques dans cette œuvre :

1. le sol en damier dessiné grâce à une perspective à deux points de fuites (donc une technique de dessin héritée de la Renaissance),

2. les linges drapés sur le banc qui évoquent la sculpture grecque et romaine antiques 

3. la structure même de l’œuvre en trois parties ou trois panneaux, on appelle cela un triptyque. Le triptyque évoque inévitablement les retables de la Renaissance, tableaux composés de trois panneaux et qui se trouvaient dans les églises, sur ces tableaux étaient représentées des scènes religieuses.

 

Cette liste des caractéristiques classiques de l’œuvre de Ziegler nous montre à quel point cet artiste crée comme si son présent moderne n’existait pas puisqu’il puise toutes ses influences dans le passé, la tradition, les valeurs nationales.


On comprend alors qu’une œuvre de propagande est une œuvre qui se veut objective (= fidèle à la réalité) mais qui est en réalité très subjective, qu’elle présente une vision faussée, déformée du réel en ne choisissant de représenter que ce qui plaît et a de l’importance pour celui qui gouverne. 

On peut alors penser que les artistes expressionnistes (modernes) sont des artistes de leur temps alors que les artistes officiels du régime nazi, (artistes de propagande, de l’Art Héroïque) sont en décalage avec leur temps présent parce qu’ils nient la réalité du Monde qui les entoure.


L’Histoire ne garde d’ailleurs quasiment rien des œuvres de l’Art Héroïque alors que les œuvres expressionnistes ont aujourd’hui un grand succès auprès du public.

 

 

 


 

Publié le par profAbbal
Publié dans : #HiDA 3ème

 

Thématique : Arts, États, pouvoir

Période : XX°

Problématique : L’œuvre d'art et la mémoire : inscription dans la mémoire collective. Comment une lettre privée est devenue œuvre de mémoire ?

 

Contexte : La lettre de Michel (ou Missak) Manouchian à son épouse Mélinée a été écrite le 21 février 1944 à la prison de Fresnes, quelques heures avant qu’il soit fusillé à 37 ans, au fort du Mont Valérien.

Manouchian, né en Arménie, orphelin, avait été élevé dans un orphelinat du protectorat français de Syrie ; il est arrivé en France à 19 ans. Écrivain (des poèmes), il a fondé 2 revues littéraires, a traduit des auteurs français en arménien (Baudelaire, Verlaine et Rimbaud)

Militant communiste (responsable de la section arménienne de la M.O.I.), et résistant (commissaire militaire des FTP-M.O.I.), il est chef d'un groupe de résistants. Arrêté par la police française le 16 novembre 1943, il est condamné à mort, et exécuté, avec 22 membres de son groupe, le 21 février 1944.

 

 

 

 

 

 

Le 21 février 1944

 

Ma chère Mélinée, ma petite orpheline bien-aimée,

 

Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. Cela m'arrive comme un accident dans ma vie, je n'y crois pas mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais. Que puis-je t'écrire ? Tout est confus en moi et bien clair en même temps.

 

Je m'étais engagé dans l'Armée de Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la Victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain.

 

Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement.

 

Au moment de mourir, je proclame que je n'ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu'il méritera comme châtiment et comme récompense. Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous...

 

J'ai un regret profond de ne t'avoir pas rendue heureuse, j'aurais bien voulu avoir un enfant de toi, comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre, sans faute, et d'avoir un enfant pour mon bonheur, et pour accomplir ma dernière volonté, marie-toi avec quelqu'un qui puisse te rendre heureuse.

 

Tous mes biens et toutes mes affaires je les lègue à toi à ta sœur et à mes neveux. Après la guerre tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre en tant que ma femme, car je meurs en soldat régulier de l'armée française de la libération. Avec l'aide des amis qui voudront bien m'honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écrits qui valent d'être lus. Tu apporteras mes souvenirs si possible à mes parents en Arménie.

 

Je mourrai avec mes 23 camarades tout à l'heure avec le courage et la sérénité d'un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n'ai fait de mal à personne et si je l'ai fait, je l'ai fait sans haine.

 

Aujourd'hui, il y a du soleil. C'est en regardant le soleil et la belle nature que j'ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes bien chers amis.

Je pardonne à tous ceux qui m'ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus.

 

Je t'embrasse bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cour. Adieu.


Ton ami, ton camarade, ton mari.

Michel Manouchian.

 

P.S. J'ai quinze mille francs dans la valise de la rue de Plaisance. Si tu peux les prendre, rends mes dettes et donne le reste à Armène. M. M.









une lettre intime

Marques de présence du destinataire. Commentaire de la formule d'appel, et de la formule de clôture.

 

Un testament.

  • Annonce de la mort prochaine de l'auteur dès l'introduction. Champ lexical de la mort dans la lettre.

  • Formules traditionnelles du testament à relever (expl : « ma dernière volonté »)

  • Ce que l'auteur souhaite après sa mort : utilisation des futurs / et de l'impératif.

     

un testament moral

Cette lettre est un véritable message d'amour :

  • pour sa femme : relevé des termes affectifs/ des possessifs...

  • pour sa famille, parents et amis

  • pour la nature/ le monde terrestre : relevé des images/ du champ lexical de la nature. Commentaire de l'écriture poétique de Manouchian (à rapprocher des éléments de biographie) : figures de style/ rythme des phrases/ choix du vocabulaire...

  • pour l'humanité : vœux de bonheur ; utilisation des phrases nominales ; répétitions.

 

2 idées essentielles :

  • Manouchian proclame qu'il est « soldat régulier ». + autres expressions pour montrer sa légitimité (en opposition avec le message de l'Affiche Rouge)

  • message d'espoir pour l'humanité : relevé des expressions qui le montrent.

C'est pour cela que cette lettre n'a pas comme seul destinataire sa femme Mélinée, mais l'humanité (= message , au seuil de la mort, pour un avenir meilleur, « sans haine »), ce qui fait de cette lettre,proche du poème en prose une œuvre témoin dans la mémoire collective.



 

 

manuscrit

 

 

 

 

 

Établir d'autres liens :

  • L'Affiche Rouge et Strophes pour se souvenir d'Aragon

  • Pour le contexte politique, consultez :

l'exposition de la mairie d'Ivry sur Michel Manouchian

http://www.ivry94.fr/fileadmin/MEDIA/fichiers/pdf/expo_manouchian.pdf











le compte rendu d'une exposition sur Manouchian, qui eut lieu à Paris en 2009

http://saintsulpice.unblog.fr/2009/09/13/missak-manouchian-les-armeniens-dans-la-resistance-en-france-mairie-du-4e-paris-du-14-au-26-septembre-2009/

 

un blog fait par des élèves de lycée sur le rôle des étrangers dans la résistance

http://www.memoire-net.org/etran/index.html

en particulier, une page sur les FTP- M.O.I

http://www.memoire-net.org/etran/etrang7.htm





 

 

N'oubliez pas de réfléchir sur le lien entre ce poème et d'autres objets d'étude de la même thématique (œuvre de mémoire)

Publié le par profAbbal
Publié dans : #HiDA 6ème

HISTOIRE DES ARTS : 6°

 

Thématique : Arts, mythes, religions : une figure mythologique antique.

Thésée, le Minotaure et le labyrinthe de Dédale.

 

Mythologie : ensemble de mythes et de légendes propres à un peuple, à une civilisation ou à une religion.

 

Dédale (en grec ancien Daidalos, adjectif signifiant « l'Astucieux »)

Personnage de la mythologie grecque, descendant de la famille royale issue de Cécrops. 

Il est principalement connu pour être un inventeur, un sculpteur et un grand architecte, alliant génie esthétique et ingéniosité technique.

D’après le mythe, Dédale vit en Crète auprès de la cour du roi Minos. C’est le roi Minos qui lui commande la création d'un labyrinthe pour y enfermer le Minotaure, créature hybride monstrueuse, à tête de taureau et à corps humain.

Dédale est la représentation humaine de la technique qui permet de réaliser de grandes entreprises scientifiques sans conscience. Il trouve des solutions aux problèmes et en crée de nouveaux.

 

Thésée

Héros de la mythologie grecque.

Il partage le gouvernement de la cité d’Athènes avec son père Egée.

Athènes vit un drame : depuis la mort de son fils et sa victoire sur les Athéniens, Minos, roi de Crète, exige que la ville lui envoie un tribut de sept jeunes gens et de sept jeunes filles qu'il donne en pâture au Minotaure.

Thésée décide de mettre fin à ce carnage et se rend en Crète avec les jeunes victimes afin de tuer le monstre.

Minos se moque de ce jeune homme qui prétend entrer dans le labyrinthe de Dédale, exterminer le monstre et en ressortir sain et sauf.

Mais c'est ne pas tenir compte de sa propre fille, Ariane qui est tombée amoureuse de Thésée et va lui donner une pelote de fil pour lui permettre de retrouver la sortie.

C’est Dédale qui a donné la solution pour sortir du labyrinthe à Ariane.

Une fois entré dans le labyrinthe, il trouve le Minotaure et le tue.

Puis, pour s’échapper, il revient sur ses pas en suivant le fils d’or qu’il avait déroulé depuis l’entrée.

Ensuite, il se sauve en mer avec ses compagnons, Ariane et sa sœur, Phèdre.

Égée attend du haut d'un promontoire le retour du bateau et guette la couleur des voiles : selon un accord passé avec son fils, elles seront blanches en cas de victoire. Mais Thésée a oublié de les changer et les voyants noires, Égée se jette dans la mer qui, désormais, porte son nom.

 

Le labyrinthe 

Définitions :

« 1. Edifice légendaire, attribué à Dédale, composé d’un grand nombre de pièces disposées de telle manière qu’on n’en trouvait que très difficilement l’issue. 2. Réseau compliqué de chemins où l’on a du mal à s’orienter. 3. Complication inextricable. 4. Petit bois ou plantation de haies comportant des allées tellement entrelacées qu’on peut s’y égarer facilement. » -Le petit Larousse-

Vocabulaire associé : route compliquée, passages nombreux, chemins tortueux et enchevêtrés…

Les labyrinthes peuvent décourager, dérouter ou effrayer les curieux qui s’y aventurent. Ceux de l’Antiquité étaient une émanation de traditions superstitieuses.

La structure du labyrinthe crétois apparaît sur des pièces de monnaie trouvées à Cnossos. Les grecs et les romains ont largement utilisé ce motif devenu décoratif.

Notre mot « labyrinthe » serait apparenté à labrus, une double hache représentant les deux cornes du taureau sacré. Ce taureau était un élément du culte minoen (crétois), très influencé par la mythologie.

La forme d’un labyrinthe est soit géométrique et abstraite, soit figurative.

La ligne est très présente dans le dessin de l’architecture labyrinthique.

La valeur expressive de cette ligne est associée au symbole auquel elle renvoie.

L’auteur Marcel Brion  y voit « une allégorie de la vie humaine et des difficiles voyages que l’individu doit parcourir durant sa vie ». C’est pourquoi le fil d’Ariane, qui sauve la vie de Thésée, représente le lien vital (« sa vie ne tient qu’à un fil »).

 

 

  minot12.jpg

 La légende crétoise, Thésée et le Minotaure, troisième panneau

Artiste inconnu, 1510-1515, 1.55x0.69m

Collection Campana, Musée du petit Palais d’Avignon.

 

 

 

thesee-et-le-minotaure.jpg

Thésée combat le Minotaure, assisté par Athéna,

Médaillon d’un kylix d’Aison, vers 430 av. J.C., Musée archéologique national de Madrid.

 

 



 monnaie-mythologie-grecque2.jpg             monnaie-mythologie-grecque.jpg 

Cnossos, Crète, statère (pièces de monnaie), vers 420 av. J.C., Le Minotaure et le labyrinthe.

 

 

Publié le par profAbbal
Publié dans : #HiDA 3ème

Arno BREKER

Ernst BARLACH

Ce qu’il faut retenir :

 

-sculptures monumentales

breker, le parti et l'armée, 1938  

    Le porte-flambeau   et   Le porte-glaive

        Appelées aussi  Le Parti et L'armée

nouvelle chancelerie, cour d'honneur, photo 1939

Photographie de la cour d'honneur de la nouvelle Chancellerie du Reich (à Berlin), bâtiment conçu par Albert Speer, architecte officiel du 3ème Reich.

Ces deux monumentales statues de bronze d'Arno Breker avaient officiellement pour titre Le Parti et L'armée. Le sculpteur leur donnait aussi pour noms L'homme de l'esprit (ou le « Porte-flambeau », symbolisant l'esprit avec lequel un peuple doit être conduit) et Le Défenseur du Reich (ou le « Porte-glaive», symbolisant la protection dont le peuple a besoin). Les deux sculptures étaient comprises comme représentant le symbole de la double nature du pouvoir spirituel et temporel du maître des lieux.

Elles ont été conçues pour flanquer l'entrée principale de la cour d'honneur de la nouvelle chancellerie du Reich (commande d’Hitler).

Ces deux sculpteurs se ressemblent : les mêmes muscles luisants ainsi qu’un même front soucieux. « La torche de l'un gardait vive la flamme de l'esprit national qui animait le parti, le glaive de l'autre défendait les frontières de l'empire.

Ainsi, dès qu'il passait le seuil de la chancellerie, le visiteur savait donc qu'au-delà régnait celui qui rassemblait en sa personne ces deux corps du souverain spirituel et du souverain temporel. » (Extrait de Un art de l'éternité, Gallimard, Paris, 1996)

- nus

- force, et santé physique =  « il forge l'image de la jeunesse allemande », celle « qui croit à la force », d'après le critique d'art Jean-Marc Campagne.

- référence à l'antiquité grecque = Idéal de beauté pour la représentation des corps.

- mythologie (dieux grecs)

- détails (expression du visage de Hitler: sévérité, rudesse, colère,...)

- immuabilité, invincibilité, glorification, stabilité dans les postures des personnages. Ce sont des héros.

Ce qu’il faut retenir :

 

- sculptures miniatures

musee.jpg

- personnages vêtus, les corps des personnages sont à la fois cachés et révélés par le vêtement.

 

 

 

- les postures sont variables : corps repliés, atrophiés, raides, détendus, endormis, en mouvement, mourants,…

 

 

 

- réalisme : le sculpteur n’a pas eu peur de montrer les défauts physiques des personnages (rondeur, maigreur, tailles variées,…)

 

 

 

- religieux (monument aux morts avec une croix, insertion des sculptures sur une façade de cathédrale).

 

 

 

- fragilité de la vie humaine. Ces œuvres dialoguent avec l’humanité, ses conditions d’existence et sont une vision de la position de l'artiste par rapport à la vie.

Nous avons ici deux représentations différentes de la figure humaine en Allemagne avant et pendant la guerre. Un mode de représentation peut être lié à une idéologie. La représentation de la figure humaine peut véhiculer une perception et une conception de l’humanité.

Publié le par profAbbal
Publié dans : #HiDA 4ème

HISTOIRE DES ARTS : 4°

 

Arts, société, féminin/masculin

Place et représentation de la femme dans l’art et la société du 18ème au 19ème siècle.

 

 

 
 Eugene_Delacroix_-_La_liberte_guidant_le_peuple.jpg  

 

 

 

 

 

I/ Identification

Eugène Delacroix (1798–1863)

Le 28 Juillet. La Liberté guidant le peuple

(28 juillet 1830)

Salon de 1831

Huile sur toile

H. : 2,60 m. ; L. : 3,25 m

Musée du Louvre, Paris

Mouvement artistique : le Romantisme

 

 

 

 

 


II/ Description

E. Delacroix représente un évènement historique célèbre : la révolution du 27,28,29 Juillet 1830 à Paris, ou les Trois Glorieuses qui vit la chute de Charles X et l'arrivée au pouvoir de Louis-Philippe. Témoin de l'évènement, Delacroix, y trouve un sujet moderne qu'il traduit méthodiquement en peinture avec sa ferveur romantique habituelle.

L’événement qui change le cours de l'histoire et inverse les rapports de force artistiques, exalte l'imagination de Delacroix et le plonge dans une émotion profonde qui s'exprime aussitôt dans la peinture d'une manière personnelle et chaque fois renouvelée. L'ampleur qu'il donne à la colère de la rue qui vient d'exploser à Paris est encore en grande partie due à ce tempérament. 

La palette des couleurs : les corps sont traités dans des bruns plus ou moins clairs, favorisant ainsi les contrastes de valeurs, ce qui renforcent la dimension dramatique de la scène. Les couleurs du drapeau : bleu, blanc, rouge sont les trois couleurs vives qui ressortent. Ces couleurs se retrouvent également à plusieurs endroits dans la composition, dans les vêtements et créent ainsi un rythme qui guide le regard du spectateur dans la toile. La couleur unifie le tableau. Leur valeur est expressive et symbolique : ce sont les couleurs de la Révolution.

La lumière du soleil couchant qui se mêle à la fumée des canons et qui révèle le mouvement baroque des corps, éclate au fond à droite et sert d'aura à la liberté, au gamin et au drapeau.

L'artiste a choisis ici de peindre la foule franchissant les barricades et son assaut final dans le camp adverse. L'essentiel dans cette œuvre est la force d'expression plastique et épique qu'il fait ressortir grâce à la représentation et l'interprétation qu'il fait de cet instant.
La composition : l'élan porté à son paroxysme par la victoire s'inscrit dans un plan pyramidal dont la base jonchée de cadavres est comme un piédestal sur lequel s'élève l'image des vainqueurs. Ce procédé de composition rigoureux, utilisé par Géricault dans Les Naufragés de la Méduse contient et équilibre la touche emportée du peintre et le rythme impétueux de la scène.

 Schéma de composition du tableau :

                                                            

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

III/ Signification : une allégorie. (Rappel:définition d’une allégorie : En Arts Plastiques, c’est la représentation d’une idée abstraite ou d’une notion morale sous la forme d’une figure humaine)

L'artiste propose par cette œuvre une allégorie moderne puissante et originale au point qu'elle a fini par s'imposer, dans l'imaginaire collectif, comme l'image même de la Liberté en marche.

Les personnages:

-         La Liberté est ici incarnée par une fille du peuple coiffée du bonnet phrygien, les mèches flottant sur la nuque, vivante, fougueuse, révoltée et victorieuse. L'allégorie de la Liberté évoque la Révolution de 1789, les sans-culottes et la souveraineté du peuple. Le drapeau, bleu, blanc, rouge, symbole de lutte, mêlé à son bras droit, se déploie en ondulant vers l'arrière du plus sombre au plus lumineux, comme une flamme.   
Serré par une double ceinture aux bouts flottant sur le côté, l'habit jaune qu'elle porte rappelle les drapés antiques. En glissant au-dessous des seins, il laisse voir la peau d'une déesse devant être lisse. Exceptionnelle parmi les hommes, le regard déterminé, le corps profilé et éclairé, la tête tournée vers eux, elle les stimule vers la victoire finale. Son flanc droit sombre se détache sur la fumée. Elle a une position dynamique : elle est appuyée sur son pied gauche nu, dépassant de la robe. Elle est dans « le feu de l'action ». L'allégorie participe à un réel combat. Le  fusil à baïonnette d'infanterie, modèle 1816, à la main gauche, la rend vraisemblable, actuelle et moderne.   

-         Deux gamins de Paris, engagés spontanément dans la bataille  sont, l'un à gauche, agrippé aux  pavés, les yeux dilatés sous le bonnet de police des voltigeurs de la garde; l'autre, le plus célèbre, à droite devant La Liberté, est le symbole de la jeunesse révoltée par l'injustice et du sacrifice pour les causes nobles. On lui associe Gavroche  avec son béret de velours noir des étudiants, signe de leur révolte. Avançant de face, un sac en bandoulière, les pistolets de cavalerie aux mains, le pied droit en avant, le bras levé, le cri de guerre à la bouche, il exhorte au combat les insurgés. 

-         Le combattant portant un béret avec cocarde blanche des monarchistes et nœud de ruban rouge des libéraux ainsi qu'une banderole blanche et sabre des compagnies d'élite d'infanterie modèle 1816  est un ouvrier manufacturier. Il a un foulard qui retient son pistolet sur le ventre.

-         L'homme à genoux au chapeau haut de forme de bourgeois ou de citadin à la mode, peut-être Delacroix ou un de ses amis, porte des pantalons larges et une ceinture de flanelle rouge d'artisan; l'arme est un fusil de chasse.

-          Celui qui saigne sur le pavé et se redresse à la vue de la Liberté, porte noué sur la tête un foulard; avec sa  blouse et sa ceinture de flanelle rouge de paysan, il rappelle les employés temporaires à Paris. Le gilet bleu, l'écharpe rouge et sa chemise répondent aux couleurs du drapeau.

-         Les soldats, allongés au sol, occupent le premier plan à la base de la structure pyramidale.

 

Dans le fond, ce trouve un paysage urbain reconnaissable. Les tours de Notre Dame situent l'action à Paris.

L'œuvre de Delacroix semble contradictoire avec ses opinions politiques. Il était apprécié de Charles X qui lui a acheté certaines de ses œuvres. Il aimait attirer l'attention de l'autorité et frapper l'opinion mais considéré alors comme chef de file du mouvement romantique, il était passionné de liberté. Son émotion au cours des Trois Glorieuses est sincèrement ressentie et exprimée à la gloire du peuple citoyen " noble, beau, et grand" .
Historique et politique, son œuvre témoigne, en combinant documents et symboles, actualité et fiction, réalité et allégorie, du dernier sursaut de l'ancien régime. 
Symbole de la Liberté et la révolution picturale, réaliste et innovatrice, elle fut rejetée par la critique habituée à voir célébrer le réel par des concepts plus classiques. Le régime de Louis-Philippe dont elle saluait l'avènement, l'ayant cachée au public, elle n'entre qu'en 1863 au musée du Luxembourg et en 1874 au Louvre.

Image de l'enthousiasme romantique et révolutionnaire, continuant la peinture historique du XVIIIème siècle, ce chef-d'œuvre est devenu universel.

 

 

Publié le par profAbbal
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Enfin, le voici ! Belle suite de vacances pour vous tous.

 

I. Ernst Barlach, 1870-1938, sculpteur Expressionniste Allemand

 

Biographie

Ernst Barlach est un sculpteur expressionniste allemand. Il est belliciste (c’est à dire pour la guerre) avant la Première Guerre Mondiale, mais sa participation à celle-ci a radicalement modifié sa vision de la guerre et de l’humanité et à la fin de la Grande Guerre il sculpte de nombreux monuments aux morts dans lesquels les soldats ne sont pas représentés en héros mais en hommes affaiblis et attristés par l’horreur des combats.

Sa sculpture développe donc une image de l’humanité opposée à celle développée par Breker. Les personnages de Barlach ne sont pas « physiquement parfaits » et ne correspondent à aucun type ou modèle physique, ils n’ont pas non plus la froideur des corps sculptés par Breker, au contraire, le spectateur perçoit que les hommes et femmes représentés pas Barlach sont traversés et animés par des émotions entre joie, peine, souffrance, crainte, plénitude.

 

Barlach n’a jamais pris ouvertement position contre le parti d’Hitler mais son œuvre ne plaisait pas aux nazis qui ont ordonné le démantèlement de quatre de ses monuments aux morts entre 1934 et 1941. Après cela Barlach est contraint de quitter en 1937 l’école des Beaux Arts où il était professeur, et plus de 400 de ses œuvres sont retirées des musées allemands car considérées comme de l'Art Dégénéré. Il est interdit d'exposition en 1937. 

 

Article réalisé grâce à la page "Barlach" de Wikipedia

 

Oeuvres

1

Ernst Barlach, La frise des écoutants, 1930-1935

 

5                                                        ernst barlach, monument aux morts, 1929

Ernst Barlach, Les retrouvailles, 1926         Ernst Barlach, Monument aux morts, 1929

 

 

II. L'Expressionnisme Allemand et les "Arts Dégénérés"

A voir : Un extrait d'un documentaire d'Arte au sujet de L'Expressionnisme Allemand

 

L'expressionnisme Allemand est un mouvement artistique apparu au début du XXème siècle, en Allemagne. L'expressionnisme a touché de multiples domaines artistiques : la sculpture, la peinture, le cinéma, la musique, la danse, etc. C’est un mouvement d’avant-garde (en avance sur son temps) moderne, révolutionnaire.

 

 

IEn quoi est-il un mouvement avant-gardiste, moderne ?

*Moderne dans ses modes de représentation du corps et des paysages : couleurs violentes, lignes cassées, corps anguleux

*C’est un mode de représentation expressionniste, expressif, c’est à dire qu’il décrit la perception intérieure que l’artiste a du monde et non la perception objective du réel

*Moderne dans ses sujets : la ville, le désespoir, la solitude, le monde industriel, l’injustice, la folie

*Moderne dans ses influences : les masques et statuettes de l’art primitif d’Océanie et d’Afrique inspirent les artistes expressionnistes

 

II. Quelle perception de l’humanité ? Une humanité fragile, précaire, faite de différences et de variété, de folie.

III. Contre quoi, contre qui ces artistes s’élèvent-ils ? Contre le pouvoir en place, l’académisme, les conventions, les formes poussiéreuses du passé.

IV. Quelle relation ont-ils entretenu avec le pouvoir nazi ? Une relation contestataire, dissidente.

Pourquoi ? Parce qu’ils ne représentent pas la « race pure », « l’homme idéal » voulu par Hitler et parce qu’ils n’utilisent pas les formes héritées du passé. Parce qu’ils ne cultivent pas l’idée d’une nation allemande soudée par son sang, sa terre, sa race, et qu’ils dénoncent les difficultés du monde dans lequel ils vivent.

V. Quel sort leur a réservé le régime nazi ? D’être nommés « artistes dégénérés » c’est à dire « malades mentaux » et d’être interdits et exposés à Munich en 1937 lors de l’exposition des « Arts Dégénérés »

 

III. L’exposition des « ARTS DEGENERES » de Munich, 1937

Cette exposition, organisée en 1937 par le parti nazi rassemble des œuvres qui se trouvent dans les musées nationaux et qui sont pour l’occasion confisquées pour être exposées ensemble à Munich sous le nom « d’Art Dégénéré » : on peut parler là d’une « épuration des arts ».


Objectif de l’exposition : flatter le conformisme et le « bon goût » des spectateurs en méprisant les œuvres expressionnistes exposées : des commentaires méprisants voire insultants et antisémites sont à lire à côté des œuvres et il est possible de visiter un deuxième espace d’exposition où l’on peut voir les « Arts Allemands » : des œuvres académiques, classiques, conformistes que l’Histoire de l’Art a d’ailleurs oubliées et qui représentent une nation allemande blonde aux yeux bleus, dans des scènes campagnardes de la vie familiale.

 

Les œuvres confisquées furent pour certaines détruites, pour d'autres revendues aux enchères en 1939 au profit du régime nazi, (ce qui fit, alors, le bonheur des amateurs d'art du monde entier, Van Gogh remportant la palme du peintre " dégénéré " le mieux coté !).

Quant aux artistes allemands, ils avaient depuis longtemps perdu leur poste de professeur dans les Ecoles et Académies d'Allemagne ; ceux qui n'eurent pas la possibilité d'émigrer se virent interdits de production.

 

Publié le par profAbbal
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Arno Breker 1900-1990, sculpteur allemand et artiste officiel du Troisième Reich.

breker, le parti et l'armée, 1938

Biographie

1. Avant le Reich

Fils d'un sculpteur sur pierre il est d'abord intéressé par l'art abstrait, il se tourne progressivement vers la représentation du corps dans un style classique et sa sculpture rappelle la sculpture grecque antique. 

 

2. Artiste officiel sous le régime nazi

Au milieu des années 1930 son talent est apprécié par les idéologues du Parti National Socialiste qui voient dans les corps athlétiques et puissants sculptés par Breker la représentation de "l'Homme Idéal" pensé par Hitler.

Le régime nazi met alors à sa disposition trois grands ateliers de sculpture dans lesquels travaillent des dizaines de personnes, Breker répond alors à des commandes et produit quantités de sculptures à la gloire de l'idéologie du régime, il est l’un des artistes officiels du Reich et travaille au projet Germania avec l’architecte Albert Speer.

maquette d'ensemble

Albert Speer, maquette pour le projet Germania, 1939

 

 3. Le projet GERMANIA

Welthauptstadt («capitale du monde ») Germania était le nom qu’Adolph Hitler avait donné au projet de renouvellement de la capitale de l’Allemagne. 

 C’est Albert Speer, architecte officiel du Troisième Reich qui a été chargé de dessiner les plans de Germania. Il a produit de nombreux plans pour la ville reconstruite, mais seulement quelques uns ont été réalisés. L’endroit exact de Germania n’a jamais été officiellement choisi mais il semble qu’elle devait s’implanter sur les « ruines » du Berlin d’après-guerre.

La première étape dans ces plans était le Stade Olympique pour les Jeux Olympiques d'été de 1936. Speer a également conçu une Nouvelle Chancellerie aux proportions monumentales qui comportait un vaste hall conçu pour être deux fois plus long que la galerie des Glaces du palais de Versailles. Construite à partir de 1938 et détruite par l’Armée Rouge en 1945 elle remplace la chancellerie du Reich jugée par Hitler trop petite et peu conforme à ses idéaux architecturaux.

 C’est une architecture massive, imposante, austère, à l’image du pouvoir et de la puissance d’Hitler. Et c’est à l’entrée de la Chancellerie que l’on trouve deux sculptures de Breker réalisées en 1938, Le Parti et l’Armée.

 nouvelle chancelerie, cour d'honneur, photo 1939                        breker Berlin, Neue Reichskanzlei, Statue

Cour d'honneur de la Nouvelle Chancellerie, les deux sculptures de Breker ornent l'entrée du bâtiment, ces photographies datent de 1942.


Le Parti et l'Armée, 1938, Analyse d'oeuvre

breker, le parti et l'armée, 1938

BREKER : "Rien, donc. Jusqu'en 1938.  Speer passait des commandes à tout le monde. Sauf à moi. Jusqu'au jour où il m'a téléphoné pour me demander de venir jusqu'à son bureau. Il m'a reçu et m'a alors montré la maquette de la cour de la Nouvelle Chancellerie. Une très belle et très noble architecture. Il y avait, de part et d'autre des colonnes, à l'entrée du bâtiment, deux socles vides. Dès que j'ai vu cet ensemble, j'ai dit : "Je pense savoir ce qui conviendrait..." Et, de retour chez moi, dans le bus, j'ai commencé à esquisser deux statues. Deux hommes. L'homme de l'intelligence, et l'homme du combat. Le premier tenait une torche, le second un glaive. Je suis retourné voir Speer avec mes esquisses. Sur le moment, il n'a rien dit, et puis Hitler est  arrivé. Il a regardé les deux esquisses, très enthousiaste  et a déclaré : "Voilà le Parti et voilà l'Armée."" (Extrait de Arno Breker, de M. Marmin & J. Infiesta, Ediciones de nuovo arte Thor, Barcelona, 1976)

 

Mots clefs pour l'analyse de  ces deux oeuvres : sculptures, portrait, représentation idéalisée du corps masculin, classicisme, académisme, allégories, attributs symboliques. Matériau : marbre, dimensions monumentales.

Points communs entre les deux sculptures :  Deux hommes, musclés, athlétiques, aux muscles saillants et luisants, des corps puissants qui illustrent l’idée d’une perfection physique. Ils se ressemblent, ont le même type physique, un type « aryen ." Deux représentations aux visages fermés, aux sourcils froncés, à l'air déterminé et portant chacune un attribut : la flamme qui symbolise l’esprit, le glaive qui symbolise l’armée. 

Différences entre les deux sculptures : elles ne portent pas les mêmes attributs symboliques et n'ont pas la même attitude de la main restée vide.

 

Signification :  Ces deux héros sont à l'image de "l'Homme Idéal" voulu par Hitler, des hommes au corps sculptés, à la virilité affirmée, des blonds aux yeux bleus qui ont la charge de protéger la Nation Allemande et de cultiver l'Esprit Allemand. Ainsi ces deux sculptures peuvent être comprises comme une double représentation d'Hitler lui-même qui incarne à lui seul à la fois l'Esprit et l'Armée allemandes, la réflexion et la puissance de frappe du IIIème Reich.

Il nous faut penser au visiteur qui se présentait à la Nouvelle Chancellerie et imaginer quelle impression pouvaient produire ces deux sculptures monumentales : écrasement, supériorité, domination.

 

 

Article réalisé grâce à la page "Breker"  de Wikipedia


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Leonard de Vinci, La Cène, 1495-1498

Leonard de vinci, la cène, 1495-1498comp

 

La Cène est l’œuvre de Leonard De Vinci, artiste italien également auteur d’un célèbre tableau présenté au musée du Louvre, La Joconde . Cette oeuvre est réalisée entre 1495 et 1498, c’est à dire pendant la Renaissance. C’est une œuvre de très grand format ainsi que l’indiquent ses dimensions : 460x880 cm.

La Cène est une fresque (c’est à dire une peinture murale) peinte à l’huile sur le mur du réfectoire du couvent Dominicain de Santa Maria delle Grazie de Milan et ceci selon une tradition qui remonte au Moyen Age ; les moines pouvaient ainsi manger en contemplant l’image de ce repas suprême et être ainsi comme invités à la table du Christ.

 Cette œuvre appartient au genre de la peinture religieuse  puisqu’elle représente le Christ entouré de ses douze apôtres partageant un dernier repas à la veille de la crucifixion et de la mort du Christ. Elle est l’illustration de cette parole prononcée par le Christ : « Je vous le dis en vérité l’un de vous me trahira » et de l’agitation que créent ces propos au sein de la communauté des apôtres.


Autour de la table on peut voir le Christ (Jésus) qui se trouve au centre de l’œuvre et autour de lui ses 12 apôtres qui sont représentés par groupes de trois.

 

barthememy_jacques-le-mineur_andre.jpg    

pierre judas jean

 

thomas jacques le majeur philippe     

mathieu thadée simon

 

Ils sont tous éclairés par une douce lumière sauf l’un d’entre eux qui demeure dans l’ombre. Il s’agit de Judas qui a trahi le Christ en le « vendant » aux prêtres du temple de Jérusalem ; Léonard de Vinci représente d’ailleurs une bourse dans sa main droite.

judas.jpg

Le peintre excelle dans la représentation des sentiments qui animent chacun des personnages de cette scène : surprise, interrogation, consternation, dépit, stupeur, acceptation émanent de cette œuvre grâce à la qualité de la représentation des corps et de leurs expressions et c’est par les mains surtout que ces personnages s’expriment de manière saisissante et très lisible pour les spectateurs de cette œuvre.

Enfin, sur la table sont représentés des morceaux de pain et des calices de vin , deux aliments que l’on retrouve dans les célébrations chrétiennes au moment de la communion qui est elle-même un repas qui évoque de manière symbolique le dernier repas du Christ. La table de ce dernier repas est symbolisée dans les églises par un élément du mobilier liturgique : l'autel.

 

 Ce dernier repas du Christ est central dans notre culture, qu’on en connaisse l’histoire ou pas, que l’on soit chrétien ou pas ce moment construit une partie de notre culture. D’ailleurs, vous êtes-vous demandé pourquoi certains déconseillent d’être 13 autour d’une table ?

Pour finir, cette oeuvre de Leonard de Vinci fait aussi partie de notre culture commune, elle a été de très nombreuses fois copiée, imitée, détournée et on la retrouve derrière de nombreuses images d’art, de publicité, de cinéma.

 

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Affiche de propagande de votre manuel d'histoire (page 117) : "l'Europe marshalisée" : le plan Marshall vu par les Soviétiques (caricature d'un anonyme, octobre 1949)

 

 

OBSERVATION :

  • Personnage à l’allure désinvolte, fumant un cigare dont la fumée forme un dollar inversé. Son chapeau « texan » porte un liserais d’étoiles, ses chaussettes sont rayées rouge et blanc.

  • Personnage appuyé sur une maison qui est en train de s’effondrer sous son poids. A l’intérieur, des hommes apeurés le regardent.

  • Le tout est sur fond jaune.

 

INTERPRETATION :

  • Le personnage est une caricature de l’oncle Sam, symbole des Etats Unis. Il se reconnait entre autre au chapeau et aux chaussettes rappelant le drapeau Américain, mais aussi au symbole dollars sortant de son cigare.

  • La maison, quant à elle, symbolise l’Europe (Ouest, Est ? Probablement Est par rapport aux écritures de la maison…) qui craque sous le poids de l’Oncle Sam.

  • Le jaune est une couleur généralement utilisée pour montrer la trahison.

EXPLICATION :

  • Il s’agit d’une affiche de propagande soviétique, datant de 1949, dénonçant ouvertement le pan Marshall.

  • Le personnage est bien Marshall écrasant le peuple libre européen. Sur fond jaune, les soviétiques insistent sur la trahison américaine et son impérialisme à travers l’aide économique qu’ils refusent. (voir cours)

Publié le par profAbbal
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Thématique: Arts, Etats et  pouvoir

période: XX°

Problématique: Représentation et mise en scène du pouvoir: la propagande. Quels procédés sont utilisés dans cette affiche au service de la propagande du régime au pouvoir?

 

 

Contexte:

Le 21 février 1944, les murs de Paris sont couverts de grandes affiches rouges qui annoncent l'exécution de 23 "terroristes" du groupe dirigé par Michel Manouchian,membre des FTP (Francs Tireurs Partisans), qui avaient organisé des actions de guérilla contre l'occupant allemand.

 

 

18.jpg

 

 

Impressions générales:

Cette affiche crée un sentiment de malaise: elle parle de mort, de violence, de crimes

 

Éléments la composant

  • un texte en haut, blanc sur rouge, à la forme interrogative; un texte en bas.

  • 10 portraits en médaillons, accompagnés de leur légende, disposés en pyramide inversée.

  • 5 photos rectangulaires, peu organisées (impression de pêle-mêle)

 

Analyse des portraits en médaillons:

Les personnages représentés ne sont pas mis en valeur: mal rasés, hirsutes, yeux creusés, ils ont des têtes patibulaires. On note que beaucoup ont l'air jeune. Souvent, dans les portraits, la hauteur du front est accentuée, comme pour marquer l'intelligence perverse de ces « terroristes »

 

Analyse des légendes:

Elles présente le nom de la personne, en majuscules, nom souvent compliqué pour une oreille francophone. Ensuite, on trouve un mélange d'informations disparates: religion, nationalité, appartenance politique. La dernière ligne semble indiquer les faits reprochés à ces personnages.

 

 

Analyse des photos rectangulaires:

Elles représentent des méfaits prétendument réalisés par les terroristes: victimes humaines, biens matériel. La photo centrale est une présentation à la presse du butin découvert par la police. Le désordre de la disposition de ces photos renforce l'impression de chaos occasionné par les « terroristes »; en revanche, la photo centrale, bien droite, veut montrer que grâce à la police, l'ordre est rétabli.

 

Couleur et composition de l'image:

  • Cette affiche est en 3 couleurs: le rouge, couleur agressive, qui connote le sang et la violence; le noir, qui connote la mort; le blanc est reservé à la question (des libérateurs?) et aux légendes.
  • Les portraits sont disposés en pyramide inversée, ce qui représente l'organisation de l'association criminelle: le regard du spectateur est guidé vers le portrait du bas, celui de Michel Manouchian, chef de groupe. Les flèches introduisent dans l'esprit du spectateur une relation de cause à effet: ces personnages sont présentés comme les responsables des méfaits illustrés par les photos du bas.

 

Interprétation:

A la question du haut, le texte en bas apporte une réponse: cette affiche est donc une affiche de propagande nazie, tentant de présenter les membres du FTP comme des terroristes, étrangers, nuisibles à la France.

Pourtant, ce message implicite a, dès sa parution était détourné, par des résistants, qui ont remplacé le texte du bas par « Morts pour la France » (voir le poème d'Aragon: Strophes pour se souvenir.)

 

 

 

 

Établir d'autres liens:

Vous pouvez mettre cette affiche en relation avec:

- le poème d'Aragon "Strophes pour se souvenir" 

- la Lettre de Manouchian à sa femme Mélinée

- d'autres affiches de propagande de la même période

- le tract de propagande, diffusé également à cette époque, dont voici le texte:

"Si des Français pillent, volent, sabotent et tuent, ce sont toujours des étrangers qui les commandent: ce sont toujours des chômeurs et des criminels professionnels qui exécutent; ce sont toujours des Juifs qui les inspirent. C'est l'armée du crime contre la France."

source: L'Histoire, n°174, février 1994 PP90-96.

 

 

Pour le contexte historique, vous pouvez consulter l'exposition de la mairie d'Ivry sur Michel Manouchian:

http://www.ivry94.fr/fileadmin/MEDIA/fichiers/pdf/expo_manouchian.pdf

 

 

Je vous conseille aussi le film de Robert Guédiguian, L'Armée du crime, 2009.

Publié le par profAbbal
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musée juif vue d'ensemble

Musée Juif de Berlin, vue d'ensemble

 

Le musée juif de Berlin est l'oeuvre de l'architecte américain Daniel LIBESKIND, ce musée construit entre 1993 et 1998 est un espace dédié à l'histoire des juifs allemands et il met en scène plus particulièrement la destinée tragique qu'a été celle du peuple juif au cours de la seconde guerre mondiale. Ce musée n'est pas qu'une "boîte" vouée à accueillir les témoignages de la présence juive en Allemagne. En effet Daniel LIBESKIND a conçu son architecture à l'image de l'histoire récente des juifs : une histoire faite de cassures, de ruptures, de violence ; autant de notions historiques que l'architecte s'est attaché à traduire concrètement et plastiquement en créant pour ce musée une architecture faite de cassures, de ruptures, de violence et de vides.

Il intitule son projet d'architecture "between the lines" (entre les lignes), la LIGNE est l'élément principal grâce auquel il conçoit son projet, cette ligne est celle de l'histoire du peuple juif dont on pourrait situer l'origine dans les écrits de l'Ancien Testament et qui file au travers les siècles de l'Histoire pour se briser et se distordre de façon extrêmement violente au moment de la deuxième guerre mondiale. De cette période le peuple juif garde une empreinte définitive, à la ligne de l’Histoire succèdent alors d’autres lignes : entailles, fêlures, cicatrices dont la guerre a marqué le corps du peuple juif et auxquelles Daniel LIBESKIND donne une traduction architecturale dans son projet de musée.

 

DESCRIPTION

 

Forme générale : Le bâtiment du musée est une ligne brisée aux arrêtes vives, les berlinois le surnomment le « blitz » : l’éclair

 

Entrée : le bâtiment du musée ne possède pas d’entrée, celle-ci se trouve dans le bâtiment baroque voisin et n’a rien de commun avec le modèle attendu de l’entrée du musée, espace souvent majestueux, vaste et lumineux ; au contraire c’est ici une petite entrée étroite et sombre par laquelle le spectateur descend 12 mètres sous terre et débute de cette façon très particulière la visite du musée, visite aux allures d’épreuve pour le corps comme pour l’esprit.

 

Les 3 axes : l’architecture du musée est conçue selon 3 axes (ou 3 lignes) principaux situés au sous-sol du bâtiment : axe de la continuité, axe de la mort, axe de l’exil.

 

L’axe de la Mort est un couloir étroit aux murs et au sol penchés qui débouche sur une porte, un gardien ouvre la porte et fait pénétrer le spectateur dans un autre espace : la Tour de l’Holocauste, tour de béton brut seulement éclairée par une maigre entaille à son sommet, espace sombre et froid symbolisant la mort du peuple juif.

 

L’axe de l’Exil débouche sur le Jardin de l’Exil, situé à l’extérieur du musée. 49 piliers au sommet desquels sont plantés 49 oliviers, figures du déracinement, de l’arrachement à sa terre natale que connaît chaque exilé. Le sol du jardin est penché de telle manière que le visiteur est désorienté et déstabilisé à chaque pas, il est en perte de repères comme l’est toute personne exilée contrainte de vivre dans un univers qui n’est pas le sien. Le Jardin de l’Exil est un espace à ciel ouvert mais il est clôturé par des murs très hauts et il est donc impossible d'en sortir. Cette sortie à l’air libre n’est alors qu’un semblant d’accès à la liberté, le spectateur ne peut que pénétrer de nouveau dans le musée après avoir visité le jardin, ainsi Daniel LIBESKIND signifie que l’exil puisqu’il n’est pas choisi mais forcé est une sorte de prison.


jardin-de-l-exil.jpg

Le Jardin de l'Exil

 

L'axe de la continuité conduit à un escalier étroit et très long dont l'ascension est éprouvante pour le spectateur qui accède au terme de cette ascension aux salles du musée qui se trouvent donc à l'étage. Cet axe, cette ligne représente la continuité de la présence des juifs en Allemagne.

 

 

Parallèlement à l'axe de la continuité Daniel LIBESKIND a voulu consacrer des espaces à l'absence du peuple juif en Allemagne, absence consécutive à l'Holocauste  et à l'Exil qu'il représente grâce à six tours de béton qui prennent place tout au long du bâtiment et qu'il appelle "les Vides". Ces tours, pour cinq d'entre elles, ne contiennent rien que du vide et il est impossible pour le spectateur d'y pénétrer. Le sixième de ces vides appelé "Le Vide de la Mémoire" est ouvert et pénétrable, l'artiste Menasche Kadischman a disposé au sol de celui-ci une installation : des milliers de cercles d'acier jonchent le sol, ces cercle percés de trous représentent des visages humains, bouche ouverte sur un inaudible cri de souffrance.


menashe-kadishman-fallen-leaves-au-musee-juif-de-berlin.jpgInstallation de Menasche Kadischman dans "Le Vide de la Mémoire"

 

Le spectateur est invité à marcher sur ce tapis de visages, sous les pas les pavés s'entrechoquent en émettant des sons métalliques, qui s'enflent au fur et à mesure que le marcheur s'enhardit, restituant aux visages piétinés leur cri insupportable. Le hurlement rauque du métal résonnant au fond de ce puits ne peut  qu'évoquer d'autres cris, d'autres images trop connues, celles des cohortes d'hommes yeux vides, bouches sans voix, poussées vers les chambres à gaz. *

 

 

 

CONCLUSION

 

 

Beaucoup plus qu'une visite de musée, le passage par le Musée Juif est quelque chose comme une épreuve. L'interpellation physique voulue par l'architecte, suscite inévitablement émotion et réflexion. Tout ici est voulu, pensé, mesuré, en fonction du but souhaité. Le gris, le métal brut, le béton, les lignes brisées, la lumière froide, les angles aigus, ne sont pas agréables à l'œil, ils ne flattent pas la corde sensible du spectateur, ils ne sont pas complaisants. Le bâtiment n'est pas beau au sens classique du terme, il est agressif, déroutant. On a là une démarche qui ne cherche pas à séduire, à faire plaisir, mais bien plutôt à agresser, bousculer, surprendre, pour mieux forcer le spectateur à se projeter dans un autre univers. Le Musée Juif apparaît ainsi comme un voyage initiatique au sein de l'histoire du peuple juif dont on ne sort pas indemne.

(...) Les décisions architecturales (de Daniel LIBESKIND), en provoquant le malaise, font vibrer l'esprit à l'unisson du corps, induisant ainsi chez le visiteur déstabilisé la confrontation brutale avec l'absence, le vide, la mort. L'architecture devient alors art à part entière. *

 

 

NB : Les passages en italique et marqués d'une * sont empruntés à Jacqueline MORNE

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Otto DIX, La Guerre, 1929-1932
(panneau central 204x204 cm, panneaux de côté 204x102 cm)

dix otto la guerre 1929


INTRODUCTION

La Guerre est une oeuvre d'Otto DIX, peintre allemand, engagé volontaire au début du conflit de la première guerre mondiale et qui en revient révolté et pacifiste. Cette oeuvre est donc celle d'un homme qui a vécu l'horreur et l'inhumanité de la "Grande Guerre" et qui témoigne de son expérience de soldat en représentant un champ de bataille où la mort et la cruauté règnent en maîtres.
Otto DIX réalise La Guerre entre 1929 et 1932 c'est à dire plus de dix ans après l'armistice, à une période où les idées nationalistes trouvent de nouveau une place en Allemagne et où les gens commencent à oublier les terribles souffrances apportées par la guerre. C'est dans ce contexte particulier que le peintre réalise cette oeuvre afin de rappeler l'extrême brutalité et la sauvagerie vécues pendant le conflit.

Cette oeuvre composée de trois panneaux principaux est appelée triptyque*, elle rappelle la forme des retables** de la Renaissance que le peintre n'a pas choisie par hasard puisqu'il évoque avec son triptyque une oeuvre majeure de la Renaissance : Le retable d'Issenheim de Mathias GRÜNEWALD.

Retable_Issenheim_details.jpg




Dans le retable d'Issenheim (détails reproduits ci-contre) il est aussi question de mort et de souffrance puisque le panneau central de celui-ci est la représentation d'une crucifixion (c'est à dire du Christ sur la croix) que GRÜNEWALD choisit de peindre sans rien voiler de la déchéance du corps crucifié : corps amaigri, déformé, creusé par la douleur, chairs grises et meurtries par les clous, sang, pustules. 

Ainsi, en utilisant la forme du triptyque Otto DIX cite très directement le retable d'Issenheim et par cette évocation ajoute une strate d'horreur à l'horreur déjà représentée dans son oeuvre.







*Triptyque : oeuvre en trois parties
**Retable : Dans une église, tableau placé sur un autel et sur lequel sont représentés les épisodes de la vie du Christ et des saints. C'est à la Renaissance que le retable peint fait son apparition (il peut également être sculpté).

***Prédelle : C'est la partie inférieure du retable



DESCRIPTION

I. Les éléments iconiques (ce qui est représenté)

Panneau de gauche : des soldats en armes portant sac au dos (il est possible d'identifier là les armes et l'uniforme portés par les poilus) tournent le dos au spectateur et marchent dans la brume, ainsi ils forment une armée humaine sans visage et sans identité, masse aveugle avançant d'un même pas vers le front et ses atrocités.

Panneau central : Alors qu'aucun décor n'est représenté dans le panneau de gauche, l'arrière plan du panneau central est occupé par la représentation de ruines : restes de maisons écroulées ou calcinées, paysage désertique au sein duquel aucune trace de présence humaine ne subsiste, évocation des ravages causés par les bombardements (Cf. Verdun). Au premier plan c'est la tranchée dans toute son horreur et son inhumanité qui est évoquée : (en bas à droite) amoncellement de corps déchiquetés et éviscérés (bombardements) surplombé par un cadavre aux yeux vides, à la bouche ouverte d'où jaillit un vers et à la peau parsemée de pustules qui évoquent tout à la fois le Christ de Mathias GRÜNEWALD mais aussi les conditions d'hygiène abominables dans lesquelles ont vécu les poilus dans les tranchées (maladies, épidémies). Ce cadavre tend une main, tentative désespérée d'obtenir de l'aide dans un univers d'où  l'humanité a disparu, son appel à l'aide reste suspendu dans le vide. Au dessus de cet amas de viscères et de corps flotte un squelette embroché sur un résidu d'architecture (citation indirecte du christ crucifié) et qui désigne de son doigt la mort et la barbarie qui s'entassent plus bas. Quasiment invisible, à gauche de l'image un unique survivant assiste à la scène, statufié par sa cape qui le prive de ses bras (et donc de toute action), visage et regard dissimulés sous son masque c'est un personnage passif et sans identité, pétrifié par l'inhumanité dont il est le spectateur, il est à son tour comme privé de son humanité.

Panneau de droite : Ce panneau contient un autoportrait, Otto DIX se représente en sauveur transportant dans ses bras un soldat blessé. Ce personnage de sauveur se distingue de tous les soldats représentés dans le triptyque : c'est le seul qui fait face au spectateur et qui avance (avec une grande détermination) vers le premier plan, le seul aussi qui possède la capacité de voir (et quelle intensité dans ce regard !) enfin il est également l'unique personnage de cette scène qui ne porte pas l'uniforme complet du soldat : ni casque, ni masque, ni arme, ce "sauveur" avance à découvert ne craignant pas l'attaque ennemie et n'étant pas soucieux non plus de se défendre.

Prédelle : Panneau inférieur au format rectangle allongé : le peintre inscrit dans ce format la représentation de ce qui semble être un caveau ou un cercueil collectif : des soldats allongés évoquent le corps du Christ mort représenté dans la prédelle du retable d'Issenheim

 

II Les éléments plastiques (les moyens utilisés pour réaliser une œuvre)

 

La Guerre est une peinture à l’huile réalisée sur des panneaux de bois (qui sont donc les SUPPORTS) de l’œuvre.

 

La couleur : dans cette œuvre Otto DIX utilise principalement des nuances de rouge et de brun. La couleur dominante est le brun, brun de la terre des tranchées, environnement quotidien et unique horizon des poilus. Le rouge est utilisé pour représenter tour à tour le ciel tourmenté sous lequel les soldats partent au front (panneau de gauche), l’amas de viscères ensanglanté (panneau central) et le feu du champ de bataille (panneau de droite). L’artiste choisit le rouge parce que c’est une couleur organique (celle du sang) mais aussi pour sa valeur symbolique ; dans notre culture le rouge symbolise en effet le violence et parfois la mort.

Les couleurs sont sombres, ternes et sales comme l’est l’univers guerrier que dépeint Otto DIX : une guerre qui se déploie dans la boue et la crasse et qui répand la violence et la mort.

 

La lumière : la principale touche de lumière se trouve dans le panneau de droite dans lequel le peintre éclaire grâce à l’emploi de couleurs claires le personnage du sauveur. Cet éclairage puissant guide notre regard de spectateur vers cette partie importante de l’image, peut-être la plus importante pour l’artiste car elle est la seule à présenter une part d’espérance et de vie.

 

 

CONCLUSION

 

La Guerre d’Otto DIX est une œuvre que l’on peut qualifier d’engagée, c’est en quelque sorte un acte politique par lequel l’artiste énonce très clairement son dégoût de la guerre et le pacifisme qui en est la conséquence. Mais son intention ne se limite pas à cette « déclaration de pacifisme » car il souhaite également nous convaincre, nous spectateurs, de l’horreur et de la bêtise de la guerre.

C’est certainement pour cela qu’il se représente en sauveur : il est celui qui nous met en garde contre la guerre et ses atrocités.

 

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Publié dans : #HiDA 5ème

HISTOIRE DES ARTS : 5°

Arts, créations, cultures : L’art d’être à table, rituel et symbolique du repas.

La nature morte

 

La nature, reflétée par l’art, reflète toujours, avant tout, l’esprit de l’artiste, ses préférences, ses joies, en un mot, sa personnalité.

Les peintres hollandais du 17ème siècle aimaient particulièrement ce genre pictural qu’est la nature morte.

On voit le plus souvent, dans ces natures mortes, de belles coupes remplies de vin, des fruits appétissants, quelques mets délicats posé sur une porcelaine précieuse.

Pour les artistes, c’était plus qu’un simple rappel élégant des joies de la table.

Ces natures mortes laissaient aux artistes toute liberté de choisir les objets qu’ils pouvaient trouver plaisir à peindre, toute liberté de les disposer à leur gré.

Ces artistes considèrent la nature morte comme un merveilleux champ d’expériences pour leurs recherches artistiques.

 

Willem Kalf (1619-1693)

 

Biographie : né à  Rotterdam en 1619, septième enfant d’un marchand de draps de soie dans une fratrie de huit. Il avait six ans quand son père mourut, sa mère continua le commerce de draps sans atteindre le succès paternel et eut de grosses difficultés financières.
Il lui resta tout de même assez d’argent pour assurer une formation de peintre à son jeune Willem, dont on n’a jamais su exactement qui furent les maîtres.
Il se spécialisa dans la nature morte.
Il revient aux Pays-Bas et s’installe à  Hoorn où il se marie en 1651, puis part vivre à  Amsterdam en 1653 jusqu’à  sa mort en 1693. A la fin de sa vie, il ne peignait plus, et se consacrait à  son autre activité d’expert et marchand d’art. On ne sait pas s’il a eu des élèves.

La très grande précision avec laquelle il étudie les fruits, les matières comme la porcelaine, ou le verre, ne nuit pas à  la poésie de la composition, mais au contraire l’amplifie.

La lumière, dans un jeu prodigieux de reflets, transparences et scintillements, suggère les objets en leur laissant une part de mystère. Maître incontesté dans le rendu somptueux des matières précieuses dans ses natures mortes. Il s’attachait aux harmonies et aux contrastes de la couleur et de la texture des choses. Il cherchait sans cesse de nouveaux accords entre de riches tapis persans, des porcelaines et des fruits hauts en couleur.

 

willemkalf.jpg

Nature morte, vers 1653,

Huile sur toile,

86.4x102.2cm.

Londres, National Gallery

 

 

Sur les étals d’un marché, les homards ont des couleurs vives et festives quand ils sont présentés cuits.

Sans doute ici, W. Kalf s’inspire de ces couleurs et cette lumière observées sur les marchés afin de représenter ce homard, peut-être le plus bel homard de la peinture :

 kalfhom.jpg

kalfcitron.jpg

Willem Kalf a souvent placé en avant de ses compositions la spirale acidulée d’un citron à  demi-épluché, accentuant la perspective comme le couteau en équilibre sur le bord d’une assiette ou de la table chez d’autres peintres.

Ses agrumes offrent toujours un effet pulpeux et des reflets brillants qui font saliver les yeux.

 

Cette corne de buffle travaillée en récipient à  boire, qu’on peut appeler aussi un rhyton, appartenait à la guilde des archers Saint Sébastien d’Amsterdam. On peut reconnaître Saint Sébastien attaché à  l’arbre et transpercé de flèches :

 

 

kalfhorn.jpg

             

 

Ainsi, ces artistes, spécialistes de la nature morte, ont commencé à faire surgir une idée importante dans le monde de l’art : LE SUJET DUN TABLEAU N’A EN REALITE QU’UNE IMPORTANCE SECONDAIRE.

De même qu’un beau texte peut être fait de paroles triviales, de même des objets d’usage quotidien peuvent faire un chef-d’œuvre.

Publié le par profAbbal
Publié dans : #HiDA 3ème

Thématique : Arts, États et pouvoir

Période : XX°

Problématique : l’œuvre d'art et la mémoire : inscription dans la mémoire collective. Comment ce poème rappelle un fait historique et prend parti ?

 

 

                  Comprenne qui voudra


En ce temps là, pour ne pas châtier
les coupables, on maltraitait des filles.
On allait même jusqu’à les tondre.



Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
À la robe déchirée
Au regard d’enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet
Et couverte
Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante
Comme une aurore de premier mai
La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris
Qu’elle est souillée
Une bête prise au piège
Des amateurs de beauté

Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre.



Paul Eluard, Au rendez-vous allemand, 1944

 

 

 

 

Contexte :

Paul Eluard, né en 1895, fait paraître ses premiers poèmes en1913. Il participe au mouvement dada, puis sa poèsie évoque les thèmes de l'amour, du désir, du rêve, mais aussi de la révolte contre une esthétique classique.
Avec la montée du fascisme, la guerre d'Espagne, son œuvre devient plus grave. En 1942, il entre dans la clandestinité. Il constitue le Comité national des écrivains, au rôle déterminant pour la Libération. Il est resté un poète engagé, favorable à la cause communiste.

Comprenne qui voudra a été publié dans le recueil « Au rendez-vous allemand », en 1944. On peut rapprocher ce poème d'un texte qu'Eluard a publié dans Les Lettres françaises, le 2 décembre 1944 :

         « réaction de colère. Je revois, devant la boutique d'un coiffeur de la rue Grenelle, une magnifique chevelure féminine gisant sur le pavé. Je revois des idiotes lamentables tremblant de peur sous les rives de la foule. Elles n'avaient pas vendu la France et elles n'avaient souvent rien vendu du tout. Elles ne firent, en tout cas, de morale à personne. Tandis que les bandits à face d'apôtre, les Pétain, Laval, Darnand, Déat, Doriot, Luchaire, etc, sont partis. Certains même, connaissant leur puissance,restent tranquillement chez eux, dans l'espoir de recommencer demain. »

On peut noter l'indignation d'Eluard dans l'écriture bouleversée du manuscrit.

 

 

La citation en exergue explique la situation évoquée : les femmes tondues à la Libération, par la population française, parce qu'elles sont accusées d'avoir couché avec des Allemands, ou d'avoir collaboré.

 

Le premier vers du poème, qui est aussi le titre, est une invitation au lecteur, voire un défi : celui qui voudra pourra comprendre (valeur éventuelle du subjonctif). C'est un détournement de l'expression habituelle « comprenne qui pourra »

 

 

Présentation de la femme maltraitée.

Cette figure féminine est évoquée dans les 4 premières strophes, de longueur inégale. Le poète montre sa compassion en utilisant les termes « malheureuse »(vers 3) et « victime » (vers 5)

Les expansions permettent au lecteur d'affiner la vision donnée :

  • jeunesse de la victime : «  une fille » (vers 11 et 14), « enfant perdue » (vers 7)

  • violence des faits commis : «  À la robe déchirée » (vers 6), « défigurée » (vers 8), « couverte du […] crachat » (vers 12-13)

  • Cette violence est proche de la mort :  comparaison  vers 9 et 10  et métaphore  vers 13.

  • volonté d'humilier : « découronnée » ( vers 8)  métaphore (v.19), « une bête »,(vers 16 et 19) ,répétition de « souillée » (vers 17 et 18) qui déshumanise la fille.

Le poète oppose donc une fille innocente à une foule démoniaque.

 

La structure pour renforcer l'idée.
Les vers de ce poème sont de longueur inégale ; il n'y a pas de rimes. Le Poète joue sur le rythme, et la découpe de vers pour renforcer ses idées.

Par exemple, le vers 4 « Sur le pavé » complète le verbe du vers 3 « resta » ; ce procédé s'appelle un rejet ; il donne l'impression que la victime est aussi isolée que le vers.

A la lecture, on peut faire une pause à la fin du vers 16 (= fin de strophe), et rester sur cette image négative (« la plus aimable bête »), ou enchaîner avec la strophe suivante [ce procédé s'appelle un enjambement] , puisque le participe employé comme adjectif, « souillée » se rapporte à « bête » : est alors mise en valeur la vision pleine de compassion du poète.

Ce poème rappelle donc un fait historique ,(tonte des femmes à la Libération) et le dénonce.

 

 

La dernière strophe pour élargir la vision

La femme tondue, victime, devient, « image idéale de son malheur sur terre ». « idéale » signifie ici : qu'on présente comme un modèle absolu. La tondue est l'incarnation type de la condition féminine. Eluard s'insurge du fait qu'on s'en prenne à des femmes, jeunes, et dénonce le fait qu'il est toujours plus simple de s'attaquer aux femmes, pour « ne pas châtier les [vrais] coupables » Il dénonce ainsi l'attitude du pouvoir (puisque ces femmes ont été tondues par des Français, voire des résistants, alors que des coupables s'en sont sortis sans dommage)

 

Établir d'autres liens :

  • photo de Robert Capa Femme tondue pour avoir eu un enfant d’un soldat allemand, Chartres, 18 août 1944, visible sur le site de la BNF :

http://expositions.bnf.fr/capa/grand/161.htm

 

  • video de l'INA, Femmes tondues,

http://www.ina.fr/histoire-et-conflits/seconde-guerre-mondiale/video/AFE00000576/femmes-tondues.fr.html

 

  • Hiroshima, mon amour roman de M. Duras, et film de Duras et Renais,1959. La narratrice raconte comment elle a été tondue à la Libération. Vous pouvez lire cet extrait sur le site suivant :

http://8mars2009.blogspot.fr/2009/02/la-certains-ont-dit-quil-fallait-me.html

 

 

  • Renseignez-vous sur le cas de Maurice Papon, par exemple.

 

N'oubliez pas de réfléchir sur le lien entre ce poème et d'autres objets d'étude de la même thématique (oeuvre de mémoire/ remise en question du pouvoir)

 

 

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Thématique:Arts, États et pouvoir

période: XX°

Problématique: l'oeuvre d'art et la mémoire: inscription dans l'histoire collective. Comment un poème participe au devoir de mémoire?

 

Contexte: Aragon, né en 1897, est l'auteur d'une oeuvre vaste. Poète surréaliste à ses débuts, il adhère au parti communiste en 1927. Il fut, sous le nom de François la Colère, un des grands poètes de la Résistance.

 

Strophes pour se souvenir a été publié en 1956.

 

 

Strophes pour se souvenir



Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant


Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant.

Louis Aragon, Le Roman Inachevé

 

C'est un poème de 7 strophes de 5 vers (des quintils), écrit en alexandrins, avec des rimes, sans ponctuation; cette structure est très régulière.

 

Un discours - épitaphe.

Le poème ressemble à un discours adressé à des absents, ou à une épitaphe pour ceux qui ne sont plus, désignés par le pronom personnel "vous" répété 6 fois (vers 1 à 11) 

Les qualités de ses absents,  mises en avant dans la 1ère strophe, sont la dicrétion et la modestie. On le voit à la répétition de la conjonction de coordination "ni": Ces destinataires n'ont agi ni pour la gloire, ni pour l'honneur, même religieux (métaphore de l'orgue -vers 2 - représentant la pompe religieuse)

La 2ème strophe évoque l'Affiche rouge, de manière subjective. Par exemple, dans le vers:

              "Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants"

on trouve une insistance ("noirs"/ "nuit"), et une gradation (("noirs" / "hirsutes"/"menaçants").

Par ailleurs, le poème associe la couleur rouge à sa connotation péjorative, le sang.

Le poète dénonce par ces procédés la manipulation que les auteurs de l'affiche (régime nazi) a voulu exercer sur les passants.

 

Un discours dans le poème
Les vers 19 à 30 sont en italiques: il s'agit d'une citationd'un autre texte, la lettre que Michel Manouchian a envoyé à sa femme Mélinée (voir l'article sur cette lettre)

Mais ces vers ne sont pas qu'une simple citation. On retrouve les grands thèmes évoqués par Manouchian  - les voeux de bonheur, l'absence de haine, la projection vers l'avenir- magnifiés par la poésie d'Aragon (répétition de mots, parfois en anaphore, rythme pour marquer fortement l'émotion)

 

Un discours engagé

La 3ème strophe évoque les 2 réactions des habitants des villes, face à cette affiche:

- le "jour" , l'indifférence semble régner, renforcée par l'emploi de 2 expressions vagues: "les passants" (GN , avec un déterminant globalisant, non caractérisant), et "Nul" (pronom indéfini)

-la "nuit", agissent "des doigts errants": cette métonymie traduit un combat collectif, clandestin, qui va renverser totalement la signification de cette affiche, en y ajoutant la mention "morts pour la France" (inscription qu'on retrouve sur de nombreuses plaques/ monuments commémoratifs)

 

Le "Vous", plutôt anonyme des premières strophes devient, dans la dernière strophe, 'ils", caractérisé par:

- des propositions subordonnées relatives

- un nom en apposition ("étrangers") et une opposition ("frères")

- un adjectif et son complément ("amoureux de vivre à en mourir")

Ces expansions permettent l'identification: on passe de l'anonymat à la caractérisation pour rendre leur place aux résistants étrangers, ceux de la FTP-M.O.I. (main d'oeuvre immigrée), qu'on avait tendance à oublier dans les grandes figures de la Résistance.

 

Conclusion:

La visée de ce poème est énoncée dans le titre, Strophes pour se souvenir:

- se souvenir du groupe Manouchian, fusillé en 1944 ("onze ans déjà")

- se souvenir de tous les étrangers qui ont participé à la Résistance.

Et la forme même de l'oeuvre (poème en strophes et vers réguliers) peut être un moyen de mémoriser le texte, pour mieux se souvenir de l'Histoire.

 

 

Établir d'autres liens:

- L'Affiche Rouge

-Lettre de Manouchian à sa femme Mélinée.

-Ce poème a été mis en musiqueet chanté par Léo Ferré, sous le titre L'Affiche rouge

http://www.youtube.com/watch?v=uhOe-5HU15U

On peut écouter d'autres versions(Lavilliers, L .Escuderos,M.Morelli, C.Sauvage...) que vous pouvez comparer.

-recherchez d'autres poèmes commémoratifs.

-recherchez des poèmes de résistance, d'Aragon, ou d'autres auteurs.

- et renseignez-vous sur la notion de "devoir de mémoire"...

 

Publié le par profAbbal
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Photographie de la page 115 du manuel d’histoire.

Photographie de Jacques Witt. Vous pouvez retrouver sur internet, un entretien du photographe (vu en classe) à l’adresse suivante :

http://www.dailymotion.com/video/xb396o_entretien-avec-jacques-witt_news

 

OBSERVATION :

Deux personnages sont visibles sur cette photographie : un militaire sur un mur et une jeune femme, de dos, en bas de ce même mur.

 La jeune femme donne au soldat une rose rouge : cette rose est un symbole qui lie les deux personnages. On voit ainsi une ligne continue au centre de la photographie qui va de la terre vers le ciel !

 On voir un mur, recouvert de peinture, très coloré.

INTERPRETATION :

 Il faut insister sur les origines des deux personnages : la photographie date de novembre 1989 et se situe à Berlin. Le soldat porte un képi des soldats de Berlin Est, il est donc du côté soviétique.

 Le mur peint permet de dire que la photographie est prise du côté de Berlin ouest. En effet, le mur est absolument blanc du côté est. La jeune femme est donc de Berlin Ouest.

La rose est un symbole fort de paix et de réconciliation.

EXPLICATION :

 Cette photographie, prise le 9 novembre 1989 à Berlin, représente la réconciliation entre deux monde : Berlin ouest et Berlin est, entre le communisme et le capitalisme. Ce que l’on voit sur cette photographie est chose totalement impenssable alors !

Pour l’explication de la chute du mur et les conséquences qui suivent voir cours !

Publié le par profAbbal
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