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L'Histoire des Arts au Collège Abbal

Les élèves du Collège André Abbal trouveront sur ce blog les reproductions des oeuvres étudiées en classe dans le cadre de l'Histoire des Arts. Ils retrouveront également ici les thématiques grâce auxquelles les oeuvres ont été étudiées ainsi que quelques éléments d'analyse d'oeuvre.

Articles avec #hida 3eme catégorie

Publié le par profAbbal
Publié dans : #HiDA 3ème

Thématique : "Arts, États, pouvoir" 

Période : XX°

Problématique : L'oeuvre d'art et le politique : des oeuvres et des artistes qui dérangent et un régime qui tente de les faire disparaître.

       

Contexte : Dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir en 1933 le régime nazi impose à l’Allemagne sa conception de l’art : l’Art doit être allemand, fait par des Allemands (c’est à dire des aryens) et faire l’apologie du régime, de la tradition germanique, des fondements de la nation allemande. C’est un art replié sur lui-même, sans ouverture vers l’étranger, la nouveauté, la modernité, c'est un Art de Propagande, appelé dans l'Allemagne nazie "Art Héroïque".

 C’est Goebbels qui est chargé dès 1933 d’organiser la propagande en Allemagne. Il se donne pour mission de contrôler toute activité artistique à travers la musique, la littérature, le théâtre, la radio, les beaux arts, la presse.

 De ce fait, toutes les œuvres qui ne correspondent pas à cette conception de l’art (donc les œuvres modernes et expressionnistes) doivent disparaître car elles dérangent le régime nazi.

 

L’art moderne dérange les nazis car :

·      il critique parfois le régime,

·      il est pratiqué par une majorité de juifs et de communistes (donc par les ennemis du régime),

·      il ne respecte pas les codes et les thèmes traditionnels utilisés et représentés par l’Art Héroïque : style classique, réalisme, représentation du corps idéal de la race aryenne, thématiques populaires (la famille, le travail de la terre) ou classiques (allégories héritées de l’art grec antique)

·      il est novateur, d’avant-garde, révolutionnaire et donc il porte la notion de LIBERTE car il refuse la norme et l’héritage du passé,

·      il invente de nouveaux moyens de représentation, de nouvelles formes totalement révolutionnaires et propose une nouvelle vision du monde dans lesquels Hitler voit le signe de la dégénérescence (= du déclin) de la nation allemande.

 

Hitler qualifie l’Art Moderne d’Art Dégénéré et les artistes qui le pratiquent d’artistes dégénérés (=fous), ces artistes menacent le régime et son équilibre et par conséquent Hitler souhaite les faire disparaître.

Pour cela, plusieurs événements sont organisés dans les années 30 dont l’objectif est de « purifier l’art allemand » en dénonçant ou détruisant les œuvres qui ne correspondent pas à l’idéal du régime et en empêchant les artistes de créer.

 

Trois évènements marquent ce projet de « purification » des arts :

 

I. 10 mai 1933 : Autodafé à Berlin puis dans les grandes villes de l'Allemagne

 

Peu de temps après l'arrivée au pouvoir du NSDAP en 1933, le chancelier Adolph Hitler lance une « action contre l'esprit non allemand », dans le cadre de laquelle se développent des persécutions organisées et systématiques visant les écrivains juifs, marxistes ou pacifistes.
Le 10 mai 1933, le mouvement atteint son point culminant, au cours d'une cérémonie savamment mise en scène devant l'Opéra de Berlin et dans 21 autres villes allemandes : des dizaines de milliers de livres sont publiquement jetés au bûcher par des étudiants, des enseignants et des membres des instances du parti-national socialiste. Ils constituent les autodafés allemands de 1933.

789px-Bundesarchiv Bild 102-14597, Berlin, Opernplatz, Büc

 

II. Exposition Art dégénéré à Munich en 1937

Adolf Ziegler et Joseph Goebbels organisent en 1937 à Munich l’exposition « Art dégénéré ». Elle attire 2 millions de visiteurs. Cette exposition présente 650 œuvres d’art de l’avant garde. Ces tableaux ou sculptures sont souvent associés à des photos de malades pour les dénigrer, à des commentaires insultants et antisémites et exposés de telles manière qu’ils ne peuvent pas être mis en valeur : ils sont entassés sans aucune organisation sur des murs chargés d’images et de textes et le spectateur ne peut pas en avoir une vision objective.

image expo3 arts dégénérés

image2 expo arts dégénérés  

Photographies du pavillon des Arts Dégénérés                                                                        

couverture catalogue

 Affiche de l’exposition Art Dégénéré

Les œuvres de Kirchner sont exposées à Munich parmi de nombreuses œuvres d’artistes modernes…Celles-ci seront par la suite vendues aux enchères à des collectionneurs suisses et américains ou brûlées.

 Cette manifestation se développe dans deux espaces, dans un deuxième pavillon se tient une autre exposition qui présente « l’Art Allemand », art académique qui vante la famille allemande et le corps athlétique, sain et  bien portant des hommes et femmes de la race aryenne. Dans ce pavillon les œuvres sont mises en valeur grâce à une mise en scène muséale (= que l’on trouve dans les musées) : œuvres espacées, présentées au public dans un espace vaste et dégagé, murs vierges et non saturés de texte.

photo hitler2 dans expo art allemand

Les spectateurs de cette double exposition sont donc guidés voire manipulés dans leur perception des œuvres, c’est une exposition de propagande qui vise à ridiculiser l’Art Moderne et à rendre hommage à « l’Art Allemand ».

 

Après cette exposition les artistes modernes sont désignés comme ennemis du régime, ils perdent leur emploi dans les grandes école d’Art Allemandes, doivent cesser de produire des œuvres ; beaucoup d’entre eux s’exilent aux Etats-Unis ; mais Kirchner par exemple ne supportera pas d’être ainsi décrié, d’être assimilé à un dégénéré et se donne la mort en 1938.

Hitler résume ainsi sa position en matière d’art  : « Le cubisme, le dadaïsme, le futurisme, l’impressionnisme... n’ont rien à voir avec notre peuple allemand »

 

 

 

III. Exposition Musique Dégénérée en 1938 à Düsseldorf :

C’est le pendant musicale de l’exposition de Munich : les musiciens de jazz, de musique atonale, (donc de musique moderne) dont beaucoup sont juifs ou communistes vont être à leur tour assimilés à des « dégénérés » dans cette exposition de Düsseldorf et leur musique sera interdite. Hitler voue une grande admiration à Richard Wagner et ne conçoit la musique que dans ses formes classiques et allemandes. 

affiche-exposition-musique-degeneree--1938.jpg

Affiche pour l'exposition Musique Dégénérée

 

 

Conclusion : La ténacité avec laquelle Hitler et ses proches ont essayé de faire disparaître l'Art Moderne (sans pour autant y parvenir, bien heureusement) nous montre combien l'oeuvre d'art est un objet subversif (révolutionnaire) et combien parfois il peut être considéré comme une arme ; l'arme pacifique qui permet aux individus éclairés d'exprimer leur différence et de construire librement leur perception du Monde et de l'autre.

Publié le par profAbbal
Publié dans : #HiDA 3ème

Thématiques :
"Arts, États, pouvoir" ou "La relation de deux artistes au pouvoir nazi avant la Deuxième Guerre Mondiale"
"Arts, Rupture, Continuité" ou "Opposition entre modernité et tradition dans l'Allemagne de l'avant Deuxième Guerre Mondiale"

Période : XX°

Problématique : "Vivre, penser, créer" : La relation de l'artiste au Monde dans lequel il vit et qu'il représente. Ou comment vision du Monde et pensée politique façonnent le regard de l'artiste et les oeuvres qu'il crée.

 

Contexte : L'Allemagne connaît au début du XXème siècle une période d'intense créativité dans tous les domaines artistiques : cinéma, architecture, dessin, peinture, musique, arts du spectacle. De jeunes artistes renouvèlent les formes de l'art et produisent un art d'avant-garde. Cet art nouveau, MODERNE est appelé EXPRESSIONNISTE ; il propose une vision du Monde et de l'Homme qui va strictement à l'encontre de celles que représente l'Art Officiel du régime nazi. Ainsi dans les années 30 en Allemagne deux conception de l'art et du monde radicalement différentes se font face et se confrontent.

Pour découvrir le travail d'un autre artiste expressionniste et d'un autre artiste de propagande du régime nazi vous pouvez consulter un cet autre article du blog, et celui-ci aussi.


Ernst Ludwig KIRCHNER, Quatre baigneuses, 1910

Une oeuvre moderne 

kirchner, quatre baigneuses, 1910

Cette oeuvre est une peinture qui représente quatre femmes se baignant nues en pleine nature, trois d’entre elles semblant faire leur toilette, la quatrième étant assise au bord de l’étang au premier plan de l’image.

Se baigner nu en pleine nature représente dans l’Allemagne de 1910 un acte d’une grande liberté et d’une grande modernité ; les jeunes artistes modernes du début du XXème siècle sont en quête de nouveauté, de liberté et veulent rompre avec les traditions poussiéreuses de l’Allemagne traditionnelle. Kirchner appartient à ces jeunes artistes, appelés expressionnistes, qui recherchent de nouvelles façons de vivre et de peindre. L’œuvre les Quatre baigneuses représente ce nouveau mode de vie et présente une façon nouvelle de peindre et de représenter le réel, une façon résolument moderne et avant-gardiste.


Les corps sont représentés sans réalisme, de façon très libre et expressive, ceux-ci sont schématisés, esquissés rapidement grâce à des aplats de couleur et des contours épais. On voit bien que le peintre ne se soucie pas de la ressemblance avec le réel mais qu’il est plutôt intéressé par la force expressive des corps qu’il peint (c’est à dire l’idée de liberté qu’ils expriment). Il n’y a pas de réalisme non plus dans les couleurs choisies, le ciel est rose du même rose que celui de certains corps, on remarque donc que le peintre choisit les mêmes couleurs pour peindre le corps et le paysage (le orange de la colline à l’arrière plan est utilisé pour peindre le corps d’une femme) évoquant par ce choix de couleurs une forme d’harmonie, de communion entre le corps nu et la nature.

Dans cette œuvre les corps et les visages évoquent les objets de « l’Art Primitif » (masques et sculptures d’Afrique et d’Océanie) découverts au début du siècle et qui fascinent et inspirent partout en Europe les artistes modernes : représentations simplifiées, non réalistes, parfois disproportionnées du corps ; le visage de la jeune fille assise au premier plan évoque par sa forme triangulaire et très simplifiée les masques africains.

 

Pour Kirchner, ainsi que pour ses amis expressionnistes, peindre et créer c’est inventer de nouvelles formes, rechercher une nouvelle façon de représenter le Monde et c’est renoncer aux choses du passé et de la tradition pour entrer dans une ère de nouveauté et de modernité.

 

On peut penser alors que les peintres expressionnistes sont en accord avec leur temps et leur siècle, qu’ils sont des artistes ouverts à la nouveauté offerte au début du XXème siècle, créant par exemple sous l’influence des objets Africains et Océaniens récemment découverts et renonçant au classicisme et au réalisme qui selon eux sont largement dépassés et appartiennent au passé.


En effet, pour ces jeunes artistes le classicisme et le réalisme ne peuvent pas représenter l’homme et le monde du début du XXème siècle de façon juste : ce moment de l’histoire est marqué par les progrès de la technique, par des découvertes dans tous les domaines (aérospatiale, automobile, physique, médecine, astrophysique…) ; entre 1910 et 1940 le monde va vite, accélère, éclate aussi (première guerre mondiale), c’est un monde aux multiples facettes.

Pas étonnant alors que Kirchner choisisse de peindre son œuvre à larges traits (sans trop de précision), il peint vite et comme dans l’urgence, il veut fixer les choses avant qu’elles ne disparaissent ; pas étonnant alors que son œuvre puisse sembler « non finie. »

 

 

Adolf ZIEGLER, Les Quatre Eléments, 1937

Une oeuvre de "l'Art Allemand", de l'Art Officiel du régime nazi, de l'Art Héroïque    

les quatre éléments, ziegler, 1937

 

Cette oeuvre est fondamentalement différente de celle de Kirchner. Ziegler appartient aux proches d’Hitler, c’est d’ailleurs lui qui est chargé par le régime nazi de « purifier » les musées Allemands des œuvres d’Art Moderne et de les en retirer afin qu’elles soient exposées à Munich en 1937 dans l’exposition des « Arts Dégénérés. »

 

Ziegler fait partie des artistes préférés d’Hitler qui produisent à la demande des œuvres à la gloire du régime nazi. Les œuvres ainsi réalisées sur commande du Führer sont des œuvres de propagande qui véhiculent une image idéale et parfaite de l’Allemagne et de la race aryenne, on les appelle « Art Héroïque » puisque les personnages qui y sont représentés sont les héros blonds et musclés, athlétiques et puissants qui doivent sauver l’Allemagne de toute invasion étrangère.

Ces œuvres de propagande représentent alors une Allemagne unifiée par ses valeurs nationales et traditionnelles : la terre, la famille, le culte de la race aryenne, elles sont donc strictement  anti-modernes, refusent la nouveauté jugée dangereuse car capable de pervertir les valeurs traditionnelles.

 

Pour Ziegler ce qui est moderne est suspect et le signe d’une folie, son œuvre est donc logiquement une œuvre classique.

 

Le sujet choisi pour cette œuvre, les Quatre Eléments est un sujet classique par excellence puisqu'il fait référence aux mythes fondateurs de toute civilisation, à la création du monde.

Ces quatre femmes qui représentent chacune un élément naturel (feu, eau, terre, air) sont appelées des Allégories, les attributs qu’elles portent nous permettent de les identifier : de gauche à droite : la torche pour le Feu, la soucoupe pour l’Eau, le blé pour la Terre, l’Air est lui représenté grâce à une chevelure légèrement agitée par un coup de vent.


L’Allégorie permet de représenter une idée, une notion abstraite en les illustrant ou les personnifiant et ce sont les grecs de l’Antiquité qui ont inventé ce mode de représentation ! On comprend alors que les influences de Ziegler sont bien classiques et puisées dans le passé.


Ensuite, les corps sont représentés de manière très réaliste, Ziegler représente des corps proportionnés, les peint avec finesse et application (contrairement à Kirchner qui peint à grands traits, schématise et déforme les corps) et utilise des couleurs réalistes. Les femmes représentées se ressemblent toutes : elles sont blondes, paraissent toutes avoir le même corps : ces femmes sont à l’image de l’uniformisation de la nation allemande par la race aryenne qui ne laisse pas de place pour la différence, l’étranger. Chevelures sages, hanches larges et ventres très légèrement arrondis, poitrines marquées : ces quatre femmes ont des corps de mères faits pour enfanter les petits enfant blonds et robustes de la nation allemande.

 

Pour Hitler, la femme est d’abord une mère qui a la charge d’assurer la pérennité de la patrie.

 

Autres caractéristiques classiques dans cette œuvre :

1. le sol en damier dessiné grâce à une perspective à deux points de fuites (donc une technique de dessin héritée de la Renaissance),

2. les linges drapés sur le banc qui évoquent la sculpture grecque et romaine antiques 

3. la structure même de l’œuvre en trois parties ou trois panneaux, on appelle cela un triptyque. Le triptyque évoque inévitablement les retables de la Renaissance, tableaux composés de trois panneaux et qui se trouvaient dans les églises, sur ces tableaux étaient représentées des scènes religieuses.

 

Cette liste des caractéristiques classiques de l’œuvre de Ziegler nous montre à quel point cet artiste crée comme si son présent moderne n’existait pas puisqu’il puise toutes ses influences dans le passé, la tradition, les valeurs nationales.


On comprend alors qu’une œuvre de propagande est une œuvre qui se veut objective (= fidèle à la réalité) mais qui est en réalité très subjective, qu’elle présente une vision faussée, déformée du réel en ne choisissant de représenter que ce qui plaît et a de l’importance pour celui qui gouverne. 

On peut alors penser que les artistes expressionnistes (modernes) sont des artistes de leur temps alors que les artistes officiels du régime nazi, (artistes de propagande, de l’Art Héroïque) sont en décalage avec leur temps présent parce qu’ils nient la réalité du Monde qui les entoure.


L’Histoire ne garde d’ailleurs quasiment rien des œuvres de l’Art Héroïque alors que les œuvres expressionnistes ont aujourd’hui un grand succès auprès du public.

 

 

 


 

Publié le par profAbbal
Publié dans : #HiDA 3ème

 

Thématique : Arts, États, pouvoir

Période : XX°

Problématique : L’œuvre d'art et la mémoire : inscription dans la mémoire collective. Comment une lettre privée est devenue œuvre de mémoire ?

 

Contexte : La lettre de Michel (ou Missak) Manouchian à son épouse Mélinée a été écrite le 21 février 1944 à la prison de Fresnes, quelques heures avant qu’il soit fusillé à 37 ans, au fort du Mont Valérien.

Manouchian, né en Arménie, orphelin, avait été élevé dans un orphelinat du protectorat français de Syrie ; il est arrivé en France à 19 ans. Écrivain (des poèmes), il a fondé 2 revues littéraires, a traduit des auteurs français en arménien (Baudelaire, Verlaine et Rimbaud)

Militant communiste (responsable de la section arménienne de la M.O.I.), et résistant (commissaire militaire des FTP-M.O.I.), il est chef d'un groupe de résistants. Arrêté par la police française le 16 novembre 1943, il est condamné à mort, et exécuté, avec 22 membres de son groupe, le 21 février 1944.

 

 

 

 

 

 

Le 21 février 1944

 

Ma chère Mélinée, ma petite orpheline bien-aimée,

 

Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. Cela m'arrive comme un accident dans ma vie, je n'y crois pas mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais. Que puis-je t'écrire ? Tout est confus en moi et bien clair en même temps.

 

Je m'étais engagé dans l'Armée de Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la Victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain.

 

Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement.

 

Au moment de mourir, je proclame que je n'ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu'il méritera comme châtiment et comme récompense. Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous...

 

J'ai un regret profond de ne t'avoir pas rendue heureuse, j'aurais bien voulu avoir un enfant de toi, comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre, sans faute, et d'avoir un enfant pour mon bonheur, et pour accomplir ma dernière volonté, marie-toi avec quelqu'un qui puisse te rendre heureuse.

 

Tous mes biens et toutes mes affaires je les lègue à toi à ta sœur et à mes neveux. Après la guerre tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre en tant que ma femme, car je meurs en soldat régulier de l'armée française de la libération. Avec l'aide des amis qui voudront bien m'honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écrits qui valent d'être lus. Tu apporteras mes souvenirs si possible à mes parents en Arménie.

 

Je mourrai avec mes 23 camarades tout à l'heure avec le courage et la sérénité d'un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n'ai fait de mal à personne et si je l'ai fait, je l'ai fait sans haine.

 

Aujourd'hui, il y a du soleil. C'est en regardant le soleil et la belle nature que j'ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes bien chers amis.

Je pardonne à tous ceux qui m'ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus.

 

Je t'embrasse bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cour. Adieu.


Ton ami, ton camarade, ton mari.

Michel Manouchian.

 

P.S. J'ai quinze mille francs dans la valise de la rue de Plaisance. Si tu peux les prendre, rends mes dettes et donne le reste à Armène. M. M.









une lettre intime

Marques de présence du destinataire. Commentaire de la formule d'appel, et de la formule de clôture.

 

Un testament.

  • Annonce de la mort prochaine de l'auteur dès l'introduction. Champ lexical de la mort dans la lettre.

  • Formules traditionnelles du testament à relever (expl : « ma dernière volonté »)

  • Ce que l'auteur souhaite après sa mort : utilisation des futurs / et de l'impératif.

     

un testament moral

Cette lettre est un véritable message d'amour :

  • pour sa femme : relevé des termes affectifs/ des possessifs...

  • pour sa famille, parents et amis

  • pour la nature/ le monde terrestre : relevé des images/ du champ lexical de la nature. Commentaire de l'écriture poétique de Manouchian (à rapprocher des éléments de biographie) : figures de style/ rythme des phrases/ choix du vocabulaire...

  • pour l'humanité : vœux de bonheur ; utilisation des phrases nominales ; répétitions.

 

2 idées essentielles :

  • Manouchian proclame qu'il est « soldat régulier ». + autres expressions pour montrer sa légitimité (en opposition avec le message de l'Affiche Rouge)

  • message d'espoir pour l'humanité : relevé des expressions qui le montrent.

C'est pour cela que cette lettre n'a pas comme seul destinataire sa femme Mélinée, mais l'humanité (= message , au seuil de la mort, pour un avenir meilleur, « sans haine »), ce qui fait de cette lettre,proche du poème en prose une œuvre témoin dans la mémoire collective.



 

 

manuscrit

 

 

 

 

 

Établir d'autres liens :

  • L'Affiche Rouge et Strophes pour se souvenir d'Aragon

  • Pour le contexte politique, consultez :

l'exposition de la mairie d'Ivry sur Michel Manouchian

http://www.ivry94.fr/fileadmin/MEDIA/fichiers/pdf/expo_manouchian.pdf











le compte rendu d'une exposition sur Manouchian, qui eut lieu à Paris en 2009

http://saintsulpice.unblog.fr/2009/09/13/missak-manouchian-les-armeniens-dans-la-resistance-en-france-mairie-du-4e-paris-du-14-au-26-septembre-2009/

 

un blog fait par des élèves de lycée sur le rôle des étrangers dans la résistance

http://www.memoire-net.org/etran/index.html

en particulier, une page sur les FTP- M.O.I

http://www.memoire-net.org/etran/etrang7.htm





 

 

N'oubliez pas de réfléchir sur le lien entre ce poème et d'autres objets d'étude de la même thématique (œuvre de mémoire)

Publié le par profAbbal
Publié dans : #HiDA 3ème

Thématique : Arts, États et pouvoir

Période : XX°

Problématique : l’œuvre d'art et la mémoire : inscription dans la mémoire collective. Comment ce poème rappelle un fait historique et prend parti ?

 

 

                  Comprenne qui voudra


En ce temps là, pour ne pas châtier
les coupables, on maltraitait des filles.
On allait même jusqu’à les tondre.



Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
À la robe déchirée
Au regard d’enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet
Et couverte
Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante
Comme une aurore de premier mai
La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris
Qu’elle est souillée
Une bête prise au piège
Des amateurs de beauté

Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre.



Paul Eluard, Au rendez-vous allemand, 1944

 

 

 

 

Contexte :

Paul Eluard, né en 1895, fait paraître ses premiers poèmes en1913. Il participe au mouvement dada, puis sa poèsie évoque les thèmes de l'amour, du désir, du rêve, mais aussi de la révolte contre une esthétique classique.
Avec la montée du fascisme, la guerre d'Espagne, son œuvre devient plus grave. En 1942, il entre dans la clandestinité. Il constitue le Comité national des écrivains, au rôle déterminant pour la Libération. Il est resté un poète engagé, favorable à la cause communiste.

Comprenne qui voudra a été publié dans le recueil « Au rendez-vous allemand », en 1944. On peut rapprocher ce poème d'un texte qu'Eluard a publié dans Les Lettres françaises, le 2 décembre 1944 :

         « réaction de colère. Je revois, devant la boutique d'un coiffeur de la rue Grenelle, une magnifique chevelure féminine gisant sur le pavé. Je revois des idiotes lamentables tremblant de peur sous les rives de la foule. Elles n'avaient pas vendu la France et elles n'avaient souvent rien vendu du tout. Elles ne firent, en tout cas, de morale à personne. Tandis que les bandits à face d'apôtre, les Pétain, Laval, Darnand, Déat, Doriot, Luchaire, etc, sont partis. Certains même, connaissant leur puissance,restent tranquillement chez eux, dans l'espoir de recommencer demain. »

On peut noter l'indignation d'Eluard dans l'écriture bouleversée du manuscrit.

 

 

La citation en exergue explique la situation évoquée : les femmes tondues à la Libération, par la population française, parce qu'elles sont accusées d'avoir couché avec des Allemands, ou d'avoir collaboré.

 

Le premier vers du poème, qui est aussi le titre, est une invitation au lecteur, voire un défi : celui qui voudra pourra comprendre (valeur éventuelle du subjonctif). C'est un détournement de l'expression habituelle « comprenne qui pourra »

 

 

Présentation de la femme maltraitée.

Cette figure féminine est évoquée dans les 4 premières strophes, de longueur inégale. Le poète montre sa compassion en utilisant les termes « malheureuse »(vers 3) et « victime » (vers 5)

Les expansions permettent au lecteur d'affiner la vision donnée :

  • jeunesse de la victime : «  une fille » (vers 11 et 14), « enfant perdue » (vers 7)

  • violence des faits commis : «  À la robe déchirée » (vers 6), « défigurée » (vers 8), « couverte du […] crachat » (vers 12-13)

  • Cette violence est proche de la mort :  comparaison  vers 9 et 10  et métaphore  vers 13.

  • volonté d'humilier : « découronnée » ( vers 8)  métaphore (v.19), « une bête »,(vers 16 et 19) ,répétition de « souillée » (vers 17 et 18) qui déshumanise la fille.

Le poète oppose donc une fille innocente à une foule démoniaque.

 

La structure pour renforcer l'idée.
Les vers de ce poème sont de longueur inégale ; il n'y a pas de rimes. Le Poète joue sur le rythme, et la découpe de vers pour renforcer ses idées.

Par exemple, le vers 4 « Sur le pavé » complète le verbe du vers 3 « resta » ; ce procédé s'appelle un rejet ; il donne l'impression que la victime est aussi isolée que le vers.

A la lecture, on peut faire une pause à la fin du vers 16 (= fin de strophe), et rester sur cette image négative (« la plus aimable bête »), ou enchaîner avec la strophe suivante [ce procédé s'appelle un enjambement] , puisque le participe employé comme adjectif, « souillée » se rapporte à « bête » : est alors mise en valeur la vision pleine de compassion du poète.

Ce poème rappelle donc un fait historique ,(tonte des femmes à la Libération) et le dénonce.

 

 

La dernière strophe pour élargir la vision

La femme tondue, victime, devient, « image idéale de son malheur sur terre ». « idéale » signifie ici : qu'on présente comme un modèle absolu. La tondue est l'incarnation type de la condition féminine. Eluard s'insurge du fait qu'on s'en prenne à des femmes, jeunes, et dénonce le fait qu'il est toujours plus simple de s'attaquer aux femmes, pour « ne pas châtier les [vrais] coupables » Il dénonce ainsi l'attitude du pouvoir (puisque ces femmes ont été tondues par des Français, voire des résistants, alors que des coupables s'en sont sortis sans dommage)

 

Établir d'autres liens :

  • photo de Robert Capa Femme tondue pour avoir eu un enfant d’un soldat allemand, Chartres, 18 août 1944, visible sur le site de la BNF :

http://expositions.bnf.fr/capa/grand/161.htm

 

  • video de l'INA, Femmes tondues,

http://www.ina.fr/histoire-et-conflits/seconde-guerre-mondiale/video/AFE00000576/femmes-tondues.fr.html

 

  • Hiroshima, mon amour roman de M. Duras, et film de Duras et Renais,1959. La narratrice raconte comment elle a été tondue à la Libération. Vous pouvez lire cet extrait sur le site suivant :

http://8mars2009.blogspot.fr/2009/02/la-certains-ont-dit-quil-fallait-me.html

 

 

  • Renseignez-vous sur le cas de Maurice Papon, par exemple.

 

N'oubliez pas de réfléchir sur le lien entre ce poème et d'autres objets d'étude de la même thématique (oeuvre de mémoire/ remise en question du pouvoir)

 

 

Publié le par profAbbal
Publié dans : #HiDA 3ème

Thématique:Arts, États et pouvoir

période: XX°

Problématique: l'oeuvre d'art et la mémoire: inscription dans l'histoire collective. Comment un poème participe au devoir de mémoire?

 

Contexte: Aragon, né en 1897, est l'auteur d'une oeuvre vaste. Poète surréaliste à ses débuts, il adhère au parti communiste en 1927. Il fut, sous le nom de François la Colère, un des grands poètes de la Résistance.

 

Strophes pour se souvenir a été publié en 1956.

 

 

Strophes pour se souvenir



Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant


Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant.

Louis Aragon, Le Roman Inachevé

 

C'est un poème de 7 strophes de 5 vers (des quintils), écrit en alexandrins, avec des rimes, sans ponctuation; cette structure est très régulière.

 

Un discours - épitaphe.

Le poème ressemble à un discours adressé à des absents, ou à une épitaphe pour ceux qui ne sont plus, désignés par le pronom personnel "vous" répété 6 fois (vers 1 à 11) 

Les qualités de ses absents,  mises en avant dans la 1ère strophe, sont la dicrétion et la modestie. On le voit à la répétition de la conjonction de coordination "ni": Ces destinataires n'ont agi ni pour la gloire, ni pour l'honneur, même religieux (métaphore de l'orgue -vers 2 - représentant la pompe religieuse)

La 2ème strophe évoque l'Affiche rouge, de manière subjective. Par exemple, dans le vers:

              "Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants"

on trouve une insistance ("noirs"/ "nuit"), et une gradation (("noirs" / "hirsutes"/"menaçants").

Par ailleurs, le poème associe la couleur rouge à sa connotation péjorative, le sang.

Le poète dénonce par ces procédés la manipulation que les auteurs de l'affiche (régime nazi) a voulu exercer sur les passants.

 

Un discours dans le poème
Les vers 19 à 30 sont en italiques: il s'agit d'une citationd'un autre texte, la lettre que Michel Manouchian a envoyé à sa femme Mélinée (voir l'article sur cette lettre)

Mais ces vers ne sont pas qu'une simple citation. On retrouve les grands thèmes évoqués par Manouchian  - les voeux de bonheur, l'absence de haine, la projection vers l'avenir- magnifiés par la poésie d'Aragon (répétition de mots, parfois en anaphore, rythme pour marquer fortement l'émotion)

 

Un discours engagé

La 3ème strophe évoque les 2 réactions des habitants des villes, face à cette affiche:

- le "jour" , l'indifférence semble régner, renforcée par l'emploi de 2 expressions vagues: "les passants" (GN , avec un déterminant globalisant, non caractérisant), et "Nul" (pronom indéfini)

-la "nuit", agissent "des doigts errants": cette métonymie traduit un combat collectif, clandestin, qui va renverser totalement la signification de cette affiche, en y ajoutant la mention "morts pour la France" (inscription qu'on retrouve sur de nombreuses plaques/ monuments commémoratifs)

 

Le "Vous", plutôt anonyme des premières strophes devient, dans la dernière strophe, 'ils", caractérisé par:

- des propositions subordonnées relatives

- un nom en apposition ("étrangers") et une opposition ("frères")

- un adjectif et son complément ("amoureux de vivre à en mourir")

Ces expansions permettent l'identification: on passe de l'anonymat à la caractérisation pour rendre leur place aux résistants étrangers, ceux de la FTP-M.O.I. (main d'oeuvre immigrée), qu'on avait tendance à oublier dans les grandes figures de la Résistance.

 

Conclusion:

La visée de ce poème est énoncée dans le titre, Strophes pour se souvenir:

- se souvenir du groupe Manouchian, fusillé en 1944 ("onze ans déjà")

- se souvenir de tous les étrangers qui ont participé à la Résistance.

Et la forme même de l'oeuvre (poème en strophes et vers réguliers) peut être un moyen de mémoriser le texte, pour mieux se souvenir de l'Histoire.

 

 

Établir d'autres liens:

- L'Affiche Rouge

-Lettre de Manouchian à sa femme Mélinée.

-Ce poème a été mis en musiqueet chanté par Léo Ferré, sous le titre L'Affiche rouge

http://www.youtube.com/watch?v=uhOe-5HU15U

On peut écouter d'autres versions(Lavilliers, L .Escuderos,M.Morelli, C.Sauvage...) que vous pouvez comparer.

-recherchez d'autres poèmes commémoratifs.

-recherchez des poèmes de résistance, d'Aragon, ou d'autres auteurs.

- et renseignez-vous sur la notion de "devoir de mémoire"...

 

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Arno BREKER

Ernst BARLACH

Ce qu’il faut retenir :

 

-sculptures monumentales

breker, le parti et l'armée, 1938  

    Le porte-flambeau   et   Le porte-glaive

        Appelées aussi  Le Parti et L'armée

nouvelle chancelerie, cour d'honneur, photo 1939

Photographie de la cour d'honneur de la nouvelle Chancellerie du Reich (à Berlin), bâtiment conçu par Albert Speer, architecte officiel du 3ème Reich.

Ces deux monumentales statues de bronze d'Arno Breker avaient officiellement pour titre Le Parti et L'armée. Le sculpteur leur donnait aussi pour noms L'homme de l'esprit (ou le « Porte-flambeau », symbolisant l'esprit avec lequel un peuple doit être conduit) et Le Défenseur du Reich (ou le « Porte-glaive», symbolisant la protection dont le peuple a besoin). Les deux sculptures étaient comprises comme représentant le symbole de la double nature du pouvoir spirituel et temporel du maître des lieux.

Elles ont été conçues pour flanquer l'entrée principale de la cour d'honneur de la nouvelle chancellerie du Reich (commande d’Hitler).

Ces deux sculpteurs se ressemblent : les mêmes muscles luisants ainsi qu’un même front soucieux. « La torche de l'un gardait vive la flamme de l'esprit national qui animait le parti, le glaive de l'autre défendait les frontières de l'empire.

Ainsi, dès qu'il passait le seuil de la chancellerie, le visiteur savait donc qu'au-delà régnait celui qui rassemblait en sa personne ces deux corps du souverain spirituel et du souverain temporel. » (Extrait de Un art de l'éternité, Gallimard, Paris, 1996)

- nus

- force, et santé physique =  « il forge l'image de la jeunesse allemande », celle « qui croit à la force », d'après le critique d'art Jean-Marc Campagne.

- référence à l'antiquité grecque = Idéal de beauté pour la représentation des corps.

- mythologie (dieux grecs)

- détails (expression du visage de Hitler: sévérité, rudesse, colère,...)

- immuabilité, invincibilité, glorification, stabilité dans les postures des personnages. Ce sont des héros.

Ce qu’il faut retenir :

 

- sculptures miniatures

musee.jpg

- personnages vêtus, les corps des personnages sont à la fois cachés et révélés par le vêtement.

 

 

 

- les postures sont variables : corps repliés, atrophiés, raides, détendus, endormis, en mouvement, mourants,…

 

 

 

- réalisme : le sculpteur n’a pas eu peur de montrer les défauts physiques des personnages (rondeur, maigreur, tailles variées,…)

 

 

 

- religieux (monument aux morts avec une croix, insertion des sculptures sur une façade de cathédrale).

 

 

 

- fragilité de la vie humaine. Ces œuvres dialoguent avec l’humanité, ses conditions d’existence et sont une vision de la position de l'artiste par rapport à la vie.

Nous avons ici deux représentations différentes de la figure humaine en Allemagne avant et pendant la guerre. Un mode de représentation peut être lié à une idéologie. La représentation de la figure humaine peut véhiculer une perception et une conception de l’humanité.

Publié le par profAbbal
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Enfin, le voici ! Belle suite de vacances pour vous tous.

 

I. Ernst Barlach, 1870-1938, sculpteur Expressionniste Allemand

 

Biographie

Ernst Barlach est un sculpteur expressionniste allemand. Il est belliciste (c’est à dire pour la guerre) avant la Première Guerre Mondiale, mais sa participation à celle-ci a radicalement modifié sa vision de la guerre et de l’humanité et à la fin de la Grande Guerre il sculpte de nombreux monuments aux morts dans lesquels les soldats ne sont pas représentés en héros mais en hommes affaiblis et attristés par l’horreur des combats.

Sa sculpture développe donc une image de l’humanité opposée à celle développée par Breker. Les personnages de Barlach ne sont pas « physiquement parfaits » et ne correspondent à aucun type ou modèle physique, ils n’ont pas non plus la froideur des corps sculptés par Breker, au contraire, le spectateur perçoit que les hommes et femmes représentés pas Barlach sont traversés et animés par des émotions entre joie, peine, souffrance, crainte, plénitude.

 

Barlach n’a jamais pris ouvertement position contre le parti d’Hitler mais son œuvre ne plaisait pas aux nazis qui ont ordonné le démantèlement de quatre de ses monuments aux morts entre 1934 et 1941. Après cela Barlach est contraint de quitter en 1937 l’école des Beaux Arts où il était professeur, et plus de 400 de ses œuvres sont retirées des musées allemands car considérées comme de l'Art Dégénéré. Il est interdit d'exposition en 1937. 

 

Article réalisé grâce à la page "Barlach" de Wikipedia

 

Oeuvres

1

Ernst Barlach, La frise des écoutants, 1930-1935

 

5                                                        ernst barlach, monument aux morts, 1929

Ernst Barlach, Les retrouvailles, 1926         Ernst Barlach, Monument aux morts, 1929

 

 

II. L'Expressionnisme Allemand et les "Arts Dégénérés"

A voir : Un extrait d'un documentaire d'Arte au sujet de L'Expressionnisme Allemand

 

L'expressionnisme Allemand est un mouvement artistique apparu au début du XXème siècle, en Allemagne. L'expressionnisme a touché de multiples domaines artistiques : la sculpture, la peinture, le cinéma, la musique, la danse, etc. C’est un mouvement d’avant-garde (en avance sur son temps) moderne, révolutionnaire.

 

 

IEn quoi est-il un mouvement avant-gardiste, moderne ?

*Moderne dans ses modes de représentation du corps et des paysages : couleurs violentes, lignes cassées, corps anguleux

*C’est un mode de représentation expressionniste, expressif, c’est à dire qu’il décrit la perception intérieure que l’artiste a du monde et non la perception objective du réel

*Moderne dans ses sujets : la ville, le désespoir, la solitude, le monde industriel, l’injustice, la folie

*Moderne dans ses influences : les masques et statuettes de l’art primitif d’Océanie et d’Afrique inspirent les artistes expressionnistes

 

II. Quelle perception de l’humanité ? Une humanité fragile, précaire, faite de différences et de variété, de folie.

III. Contre quoi, contre qui ces artistes s’élèvent-ils ? Contre le pouvoir en place, l’académisme, les conventions, les formes poussiéreuses du passé.

IV. Quelle relation ont-ils entretenu avec le pouvoir nazi ? Une relation contestataire, dissidente.

Pourquoi ? Parce qu’ils ne représentent pas la « race pure », « l’homme idéal » voulu par Hitler et parce qu’ils n’utilisent pas les formes héritées du passé. Parce qu’ils ne cultivent pas l’idée d’une nation allemande soudée par son sang, sa terre, sa race, et qu’ils dénoncent les difficultés du monde dans lequel ils vivent.

V. Quel sort leur a réservé le régime nazi ? D’être nommés « artistes dégénérés » c’est à dire « malades mentaux » et d’être interdits et exposés à Munich en 1937 lors de l’exposition des « Arts Dégénérés »

 

III. L’exposition des « ARTS DEGENERES » de Munich, 1937

Cette exposition, organisée en 1937 par le parti nazi rassemble des œuvres qui se trouvent dans les musées nationaux et qui sont pour l’occasion confisquées pour être exposées ensemble à Munich sous le nom « d’Art Dégénéré » : on peut parler là d’une « épuration des arts ».


Objectif de l’exposition : flatter le conformisme et le « bon goût » des spectateurs en méprisant les œuvres expressionnistes exposées : des commentaires méprisants voire insultants et antisémites sont à lire à côté des œuvres et il est possible de visiter un deuxième espace d’exposition où l’on peut voir les « Arts Allemands » : des œuvres académiques, classiques, conformistes que l’Histoire de l’Art a d’ailleurs oubliées et qui représentent une nation allemande blonde aux yeux bleus, dans des scènes campagnardes de la vie familiale.

 

Les œuvres confisquées furent pour certaines détruites, pour d'autres revendues aux enchères en 1939 au profit du régime nazi, (ce qui fit, alors, le bonheur des amateurs d'art du monde entier, Van Gogh remportant la palme du peintre " dégénéré " le mieux coté !).

Quant aux artistes allemands, ils avaient depuis longtemps perdu leur poste de professeur dans les Ecoles et Académies d'Allemagne ; ceux qui n'eurent pas la possibilité d'émigrer se virent interdits de production.

 

Publié le par profAbbal
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Arno Breker 1900-1990, sculpteur allemand et artiste officiel du Troisième Reich.

breker, le parti et l'armée, 1938

Biographie

1. Avant le Reich

Fils d'un sculpteur sur pierre il est d'abord intéressé par l'art abstrait, il se tourne progressivement vers la représentation du corps dans un style classique et sa sculpture rappelle la sculpture grecque antique. 

 

2. Artiste officiel sous le régime nazi

Au milieu des années 1930 son talent est apprécié par les idéologues du Parti National Socialiste qui voient dans les corps athlétiques et puissants sculptés par Breker la représentation de "l'Homme Idéal" pensé par Hitler.

Le régime nazi met alors à sa disposition trois grands ateliers de sculpture dans lesquels travaillent des dizaines de personnes, Breker répond alors à des commandes et produit quantités de sculptures à la gloire de l'idéologie du régime, il est l’un des artistes officiels du Reich et travaille au projet Germania avec l’architecte Albert Speer.

maquette d'ensemble

Albert Speer, maquette pour le projet Germania, 1939

 

 3. Le projet GERMANIA

Welthauptstadt («capitale du monde ») Germania était le nom qu’Adolph Hitler avait donné au projet de renouvellement de la capitale de l’Allemagne. 

 C’est Albert Speer, architecte officiel du Troisième Reich qui a été chargé de dessiner les plans de Germania. Il a produit de nombreux plans pour la ville reconstruite, mais seulement quelques uns ont été réalisés. L’endroit exact de Germania n’a jamais été officiellement choisi mais il semble qu’elle devait s’implanter sur les « ruines » du Berlin d’après-guerre.

La première étape dans ces plans était le Stade Olympique pour les Jeux Olympiques d'été de 1936. Speer a également conçu une Nouvelle Chancellerie aux proportions monumentales qui comportait un vaste hall conçu pour être deux fois plus long que la galerie des Glaces du palais de Versailles. Construite à partir de 1938 et détruite par l’Armée Rouge en 1945 elle remplace la chancellerie du Reich jugée par Hitler trop petite et peu conforme à ses idéaux architecturaux.

 C’est une architecture massive, imposante, austère, à l’image du pouvoir et de la puissance d’Hitler. Et c’est à l’entrée de la Chancellerie que l’on trouve deux sculptures de Breker réalisées en 1938, Le Parti et l’Armée.

 nouvelle chancelerie, cour d'honneur, photo 1939                        breker Berlin, Neue Reichskanzlei, Statue

Cour d'honneur de la Nouvelle Chancellerie, les deux sculptures de Breker ornent l'entrée du bâtiment, ces photographies datent de 1942.


Le Parti et l'Armée, 1938, Analyse d'oeuvre

breker, le parti et l'armée, 1938

BREKER : "Rien, donc. Jusqu'en 1938.  Speer passait des commandes à tout le monde. Sauf à moi. Jusqu'au jour où il m'a téléphoné pour me demander de venir jusqu'à son bureau. Il m'a reçu et m'a alors montré la maquette de la cour de la Nouvelle Chancellerie. Une très belle et très noble architecture. Il y avait, de part et d'autre des colonnes, à l'entrée du bâtiment, deux socles vides. Dès que j'ai vu cet ensemble, j'ai dit : "Je pense savoir ce qui conviendrait..." Et, de retour chez moi, dans le bus, j'ai commencé à esquisser deux statues. Deux hommes. L'homme de l'intelligence, et l'homme du combat. Le premier tenait une torche, le second un glaive. Je suis retourné voir Speer avec mes esquisses. Sur le moment, il n'a rien dit, et puis Hitler est  arrivé. Il a regardé les deux esquisses, très enthousiaste  et a déclaré : "Voilà le Parti et voilà l'Armée."" (Extrait de Arno Breker, de M. Marmin & J. Infiesta, Ediciones de nuovo arte Thor, Barcelona, 1976)

 

Mots clefs pour l'analyse de  ces deux oeuvres : sculptures, portrait, représentation idéalisée du corps masculin, classicisme, académisme, allégories, attributs symboliques. Matériau : marbre, dimensions monumentales.

Points communs entre les deux sculptures :  Deux hommes, musclés, athlétiques, aux muscles saillants et luisants, des corps puissants qui illustrent l’idée d’une perfection physique. Ils se ressemblent, ont le même type physique, un type « aryen ." Deux représentations aux visages fermés, aux sourcils froncés, à l'air déterminé et portant chacune un attribut : la flamme qui symbolise l’esprit, le glaive qui symbolise l’armée. 

Différences entre les deux sculptures : elles ne portent pas les mêmes attributs symboliques et n'ont pas la même attitude de la main restée vide.

 

Signification :  Ces deux héros sont à l'image de "l'Homme Idéal" voulu par Hitler, des hommes au corps sculptés, à la virilité affirmée, des blonds aux yeux bleus qui ont la charge de protéger la Nation Allemande et de cultiver l'Esprit Allemand. Ainsi ces deux sculptures peuvent être comprises comme une double représentation d'Hitler lui-même qui incarne à lui seul à la fois l'Esprit et l'Armée allemandes, la réflexion et la puissance de frappe du IIIème Reich.

Il nous faut penser au visiteur qui se présentait à la Nouvelle Chancellerie et imaginer quelle impression pouvaient produire ces deux sculptures monumentales : écrasement, supériorité, domination.

 

 

Article réalisé grâce à la page "Breker"  de Wikipedia


Publié le par profAbbal
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Affiche de propagande de votre manuel d'histoire (page 117) : "l'Europe marshalisée" : le plan Marshall vu par les Soviétiques (caricature d'un anonyme, octobre 1949)

 

 

OBSERVATION :

  • Personnage à l’allure désinvolte, fumant un cigare dont la fumée forme un dollar inversé. Son chapeau « texan » porte un liserais d’étoiles, ses chaussettes sont rayées rouge et blanc.

  • Personnage appuyé sur une maison qui est en train de s’effondrer sous son poids. A l’intérieur, des hommes apeurés le regardent.

  • Le tout est sur fond jaune.

 

INTERPRETATION :

  • Le personnage est une caricature de l’oncle Sam, symbole des Etats Unis. Il se reconnait entre autre au chapeau et aux chaussettes rappelant le drapeau Américain, mais aussi au symbole dollars sortant de son cigare.

  • La maison, quant à elle, symbolise l’Europe (Ouest, Est ? Probablement Est par rapport aux écritures de la maison…) qui craque sous le poids de l’Oncle Sam.

  • Le jaune est une couleur généralement utilisée pour montrer la trahison.

EXPLICATION :

  • Il s’agit d’une affiche de propagande soviétique, datant de 1949, dénonçant ouvertement le pan Marshall.

  • Le personnage est bien Marshall écrasant le peuple libre européen. Sur fond jaune, les soviétiques insistent sur la trahison américaine et son impérialisme à travers l’aide économique qu’ils refusent. (voir cours)

Publié le par profAbbal
Publié dans : #HiDA 3ème

Photographie de la page 115 du manuel d’histoire.

Photographie de Jacques Witt. Vous pouvez retrouver sur internet, un entretien du photographe (vu en classe) à l’adresse suivante :

http://www.dailymotion.com/video/xb396o_entretien-avec-jacques-witt_news

 

OBSERVATION :

Deux personnages sont visibles sur cette photographie : un militaire sur un mur et une jeune femme, de dos, en bas de ce même mur.

 La jeune femme donne au soldat une rose rouge : cette rose est un symbole qui lie les deux personnages. On voit ainsi une ligne continue au centre de la photographie qui va de la terre vers le ciel !

 On voir un mur, recouvert de peinture, très coloré.

INTERPRETATION :

 Il faut insister sur les origines des deux personnages : la photographie date de novembre 1989 et se situe à Berlin. Le soldat porte un képi des soldats de Berlin Est, il est donc du côté soviétique.

 Le mur peint permet de dire que la photographie est prise du côté de Berlin ouest. En effet, le mur est absolument blanc du côté est. La jeune femme est donc de Berlin Ouest.

La rose est un symbole fort de paix et de réconciliation.

EXPLICATION :

 Cette photographie, prise le 9 novembre 1989 à Berlin, représente la réconciliation entre deux monde : Berlin ouest et Berlin est, entre le communisme et le capitalisme. Ce que l’on voit sur cette photographie est chose totalement impenssable alors !

Pour l’explication de la chute du mur et les conséquences qui suivent voir cours !

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