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L'Histoire des Arts au Collège Abbal

Les élèves du Collège André Abbal trouveront sur ce blog les reproductions des oeuvres étudiées en classe dans le cadre de l'Histoire des Arts. Ils retrouveront également ici les thématiques grâce auxquelles les oeuvres ont été étudiées ainsi que quelques éléments d'analyse d'oeuvre.

Publié le par profAbbal
Publié dans : #HiDA 3ème

Thématique : Arts, États et pouvoir

Période : XX°

Problématique : l’œuvre d'art et la mémoire : inscription dans la mémoire collective. Comment ce poème rappelle un fait historique et prend parti ?

 

 

                  Comprenne qui voudra


En ce temps là, pour ne pas châtier
les coupables, on maltraitait des filles.
On allait même jusqu’à les tondre.



Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
À la robe déchirée
Au regard d’enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet
Et couverte
Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante
Comme une aurore de premier mai
La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris
Qu’elle est souillée
Une bête prise au piège
Des amateurs de beauté

Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre.



Paul Eluard, Au rendez-vous allemand, 1944

 

 

 

 

Contexte :

Paul Eluard, né en 1895, fait paraître ses premiers poèmes en1913. Il participe au mouvement dada, puis sa poèsie évoque les thèmes de l'amour, du désir, du rêve, mais aussi de la révolte contre une esthétique classique.
Avec la montée du fascisme, la guerre d'Espagne, son œuvre devient plus grave. En 1942, il entre dans la clandestinité. Il constitue le Comité national des écrivains, au rôle déterminant pour la Libération. Il est resté un poète engagé, favorable à la cause communiste.

Comprenne qui voudra a été publié dans le recueil « Au rendez-vous allemand », en 1944. On peut rapprocher ce poème d'un texte qu'Eluard a publié dans Les Lettres françaises, le 2 décembre 1944 :

         « réaction de colère. Je revois, devant la boutique d'un coiffeur de la rue Grenelle, une magnifique chevelure féminine gisant sur le pavé. Je revois des idiotes lamentables tremblant de peur sous les rives de la foule. Elles n'avaient pas vendu la France et elles n'avaient souvent rien vendu du tout. Elles ne firent, en tout cas, de morale à personne. Tandis que les bandits à face d'apôtre, les Pétain, Laval, Darnand, Déat, Doriot, Luchaire, etc, sont partis. Certains même, connaissant leur puissance,restent tranquillement chez eux, dans l'espoir de recommencer demain. »

On peut noter l'indignation d'Eluard dans l'écriture bouleversée du manuscrit.

 

 

La citation en exergue explique la situation évoquée : les femmes tondues à la Libération, par la population française, parce qu'elles sont accusées d'avoir couché avec des Allemands, ou d'avoir collaboré.

 

Le premier vers du poème, qui est aussi le titre, est une invitation au lecteur, voire un défi : celui qui voudra pourra comprendre (valeur éventuelle du subjonctif). C'est un détournement de l'expression habituelle « comprenne qui pourra »

 

 

Présentation de la femme maltraitée.

Cette figure féminine est évoquée dans les 4 premières strophes, de longueur inégale. Le poète montre sa compassion en utilisant les termes « malheureuse »(vers 3) et « victime » (vers 5)

Les expansions permettent au lecteur d'affiner la vision donnée :

  • jeunesse de la victime : «  une fille » (vers 11 et 14), « enfant perdue » (vers 7)

  • violence des faits commis : «  À la robe déchirée » (vers 6), « défigurée » (vers 8), « couverte du […] crachat » (vers 12-13)

  • Cette violence est proche de la mort :  comparaison  vers 9 et 10  et métaphore  vers 13.

  • volonté d'humilier : « découronnée » ( vers 8)  métaphore (v.19), « une bête »,(vers 16 et 19) ,répétition de « souillée » (vers 17 et 18) qui déshumanise la fille.

Le poète oppose donc une fille innocente à une foule démoniaque.

 

La structure pour renforcer l'idée.
Les vers de ce poème sont de longueur inégale ; il n'y a pas de rimes. Le Poète joue sur le rythme, et la découpe de vers pour renforcer ses idées.

Par exemple, le vers 4 « Sur le pavé » complète le verbe du vers 3 « resta » ; ce procédé s'appelle un rejet ; il donne l'impression que la victime est aussi isolée que le vers.

A la lecture, on peut faire une pause à la fin du vers 16 (= fin de strophe), et rester sur cette image négative (« la plus aimable bête »), ou enchaîner avec la strophe suivante [ce procédé s'appelle un enjambement] , puisque le participe employé comme adjectif, « souillée » se rapporte à « bête » : est alors mise en valeur la vision pleine de compassion du poète.

Ce poème rappelle donc un fait historique ,(tonte des femmes à la Libération) et le dénonce.

 

 

La dernière strophe pour élargir la vision

La femme tondue, victime, devient, « image idéale de son malheur sur terre ». « idéale » signifie ici : qu'on présente comme un modèle absolu. La tondue est l'incarnation type de la condition féminine. Eluard s'insurge du fait qu'on s'en prenne à des femmes, jeunes, et dénonce le fait qu'il est toujours plus simple de s'attaquer aux femmes, pour « ne pas châtier les [vrais] coupables » Il dénonce ainsi l'attitude du pouvoir (puisque ces femmes ont été tondues par des Français, voire des résistants, alors que des coupables s'en sont sortis sans dommage)

 

Établir d'autres liens :

  • photo de Robert Capa Femme tondue pour avoir eu un enfant d’un soldat allemand, Chartres, 18 août 1944, visible sur le site de la BNF :

http://expositions.bnf.fr/capa/grand/161.htm

 

  • video de l'INA, Femmes tondues,

http://www.ina.fr/histoire-et-conflits/seconde-guerre-mondiale/video/AFE00000576/femmes-tondues.fr.html

 

  • Hiroshima, mon amour roman de M. Duras, et film de Duras et Renais,1959. La narratrice raconte comment elle a été tondue à la Libération. Vous pouvez lire cet extrait sur le site suivant :

http://8mars2009.blogspot.fr/2009/02/la-certains-ont-dit-quil-fallait-me.html

 

 

  • Renseignez-vous sur le cas de Maurice Papon, par exemple.

 

N'oubliez pas de réfléchir sur le lien entre ce poème et d'autres objets d'étude de la même thématique (oeuvre de mémoire/ remise en question du pouvoir)

 

 

Commenter cet article

lola 19/03/2015 14:20

SVP, pourquoi "comprenne qui voudra" et non "comprenne qui pourra" ?

lel 11/01/2016 16:47

parceque le japon

Maxence 02/04/2015 21:02

Comme qui voudra : des personnes vont vouloir comprendre, d'autres vont rester aveugle : les résistants de dernières minutes. Ces résistants sont des personnes qui sont venus un peu plus tard pendant l'occupation de la France par l’Allemagne. Ces personnes devaient être jugées pour être venues plus tard, mais les femmes tondues ont "occupé" les français : les derniers résistants ne seront pas jugés. C'est eux qui ne veulent pas qu'on arrête de tondre les femmes vu qu'ils ne seront pas jugés grâce à ça : ils ne voudront pas comprendre.

lola 19/03/2015 14:19

SVP, pourquoi "comprenne qui voudra" et non "comprenne qui pourra" ?

lel 11/01/2016 16:48

parceque le japon

faustine 23/02/2015 15:30

Merci cela m'a beaucoup aidé !

personne 24/05/2014 16:06

s'il vous lait pas d'insulte non mais.. immaginer que vos mères aille sur ce site. et pis si tu veut ***** ta mere fait le tous seul

skitty 11/05/2014 16:37

C'est super ! Bien entendu il n'y a pas tous mais sa aide beaucoup ! Merci :D

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